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mardi 13 juillet 2010

N°129-Le Grand Chambardement : Naissance de la 5bis

Le Président françafricain en a eu assez : après une semaine de grève, il les a tous licenciés et a décidé d’en profiter pour procéder au Grand Chambardement, prélude à la naissance de la 5bis.

C’est que, voyez-vous, l’ensemble du personnel ministériel et étato-secrétarial avait lancé un mouvement de revendication insensé : ils réclamaient le droit à des retraites conséquentes, quel que soit le nombre d’annuités passées dans les maroquins et strapontins.
Le Grand Toubab (dit aussi PTT, Petit Toubab à Talons) a consulté son GCP (Grand Comptable Parfumé) : « Dis donc, demande à Miss Lili si on a les moyens de financer ça ». Réponse de la Grande Lili : « Pas question de financer le Viagra de  tes incapables ».
Une fois licenciés les grévistes, PTT  a eu une idée géniale : « Et si je supprimais la plupart des ministères, qui ne servent qu’à claquer du fric qu’on n’a pas, pour les remplacer par un super-gouvernement de combat autofinancé ? »
Aussitôt dit, aussitôt fait. Profitant de la présence à Paris de ses gouverneurs d’outre-mer, PTT les réunit et leur parla. Ils écoutèrent et approuvèrent, enthousiastes.
Résultat : ce mercredi 14 juillet, PTT annoncera ce qui suit à la Françafrique abasourdie :

« Mes chers concitoyens,
J’ai décidé un Grand Chambardement . J’ai remercié l’ensemble des membres du gouvernement  pour les remplacer par la B5B (La Bande des Cinq Bis). Moi-même cumulerai les fonctions de Président  et de Premier Ministre. Je vous annonce que j’ai nommé un nouveau gouvernement composé de :
1 - Idriss Déby-le-Profond, Ministre des Pipelines Juteux et des Kalachnikovs Ravageurs
2 - Denis Cachou-Esso, Ministre des Derricks Rémunérateurs , des Beach Boys et des Rivières de Perles
3- Abdoulaye Kilowatt, Ministre des Monuments Maousse Costauds et des Renaissances Françafricaines Baignant dans l’Huile (d’arachide, comme il se doit)
4- Salaud Djibo, Ministre des Mines d’Uranium à Ciel Ouvert Offrant un Avenir Radieux et des Restaurations Démocratiques Suprêmes
5- Fort Eyademammamia, Ministre des Successions Dynastiques Électorales et des Taxes Portuaires Exorbitantes
5bis - Gros-Guigui Soro, Secrétaire Général du Gouvernement ayant rang de Ministre des Forces Nouvelles en Perpétuel Renouvellement et des Bonbons en Chocolat.

L’ensemble de ces ministres financeront eux-mêmes le budget de fonctionnement de leurs ministères ; n’ayant plus besoin de siéger dans des bâtiments démesurés et coûteux – lesquels seront vendus au plus offrant -, ils résideront, lors de leurs brefs séjours à Paris pour les conseils de ministres hebdomadaires, à l’annexe de l’Élysée.

Mes chers concitoyens,
Je convoquerai début septembre le Congrès à Versailles pour qu’il adopte la Constitution de la 5ème République bis.

Je vous souhaite de bonnes vacances. Inutile d’aller vous entasser sur des plages polluées, restez donc au frais chez vous, devant votre télévision, qui vous offrira pendant tout l’été des spectacles de qualité, préparés par mon cher Abdoulaye Kilowatt.
Vive la Françafrique, vive la 5bis ! »

PS d'Ayman El Kayman à l'usage des Parisiens

Appel à la manifestation du 13 Juillet 2010 18H Place de la République ( angle bd Magenta)
50 ans de Françafrique, ça suffit !
Arrêtons le soutien aux dictateurs ! Soutenons les peuples africains !

Le 14 juillet à Paris, des unités militaires de 14 pays africains défileront sur les Champs - Elysées, au côté des troupes françaises. Convoqués par Nicolas Sarkozy, les chefs d’État, amis de toujours de la France et des réseaux de la Françafrique : les Gnassingbé (Togo), Bongo (Gabon), Compaoré (Burkina Faso), Déby (Tchad), Sassou Nguesso (Congo Brazzaville), Biya (Cameroun) seront présents dans la tribune présidentielle.
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Bonne semaine, quand même !
Que la Force de l’esprit soit avec vous !
...et au mois  prochain !

mardi 15 juillet 2008

N°77 - Avec de tels pilotes…

Ainsi donc, l’Union pour la Méditerranée est née, à Paris, à la veille du 14 juillet 2008. Véritable avion ivre, ce nouveau « machin » (pour reprendre le terme de De Gaulle sur l’ONU) a deux pilotes dans lesquels on ne peut avoir aucune, mais alors aucune confiance du tout.
Le premier est un nabot mégalomane atteint du syndrome maniaco-dépressif – aussi appelé désordres bipolaires – qui, certes, se soigne (lithium, antidépresseurs, anxiolytiques et, au besoin, électro-chocs) mais dont on ne guérit jamais. Inutile d’en dire plus, ce n’est pas correct de tirer sur les ambulances.


Le second est un accro du Viagra qui vient de fêter ses 80 ans*. C’est un pilote professionnel de l’armée de l’air qui n’a plus piloté depuis belle lurette et qui a décroché son diplôme au début des années … 1950. En 58 ans, l’aviation a connu quelques progrès et il aurait besoin d’une petite remise à niveau.

Ce pilote se trouve aussi être l’inamovible président de l’Égypte depuis 27 ans. Il l’est devenu par la magie des successions dynastiques dont les régimes pharaoniques ont le secret, en octobre 1981, suite à l’exécution d’Anouar Sadate par des officiers islamo-nationalistes.

Puis il a été tranquillement « élu » et « réélu » en 1987, 1993, 1999 et 2005. les trois premières fois, il était candidat unique et a récolté plus de 95% des voix. En 2005, il y a eu un progrès historique : Moubarak n’était plus le seul candidat et il n’a eu « que » 85% des voix.

À ce rythme, il devrait atteindre un score démocratique de, disons, 52,5%, en 2029, lorsqu’il aura atteint l’âge de 101 ans. À moins que ces cures de Viagra ne l’empêchent de durer jusque-là et qu’il finisse plus tôt que prévu embaumé dans un sarcophage, auquel cas son cher fiston Gamal, le mal-nommé (qui fait insulte à son homonyme Gamal Abdelnasser) pourrait prendre sa succession, tout comme Bachar a pris la succession de son papa, le lion de Syrie.
La présence de Moubarak n’a pas suscité un centième de l’émotion démocratique suscitée par les visites de et à Kadhafi ou par la présence de Bachar El Assad à Paris. Pourtant, il y aurait eu de quoi : l’Égypte, pays arabe le plus peuplé, second destinataire d’aide US après Israël et avant la Colombie, vit sous l’état de siège depuis …30 ans, battant ainsi le record détenu auparavant par les Philippines de Marcos. Les Mukhabarat égyptiens, dirigés par le tout aussi inamovible général Solimane, sont parmi les services secrets les plus raffinés du monde et entretiennent une tradition de la torture vieille de 5000 ans et digne de figurer au patrimoine mondial de l’inhumanité. C’est pourquoi ils bénéficient de la confiance absolue et quasiment aveugle de la CIA, du MI6 et autres DST et ont fait bénéficier de leur savoir-faire toutes sortes de sbires de régimes amis, à commencer par leurs collègues algériens et…palestiniens (ceux de Abbas et Dahlan).
Franchement, vous embarqueriez-vous dans un avion guidé par un tel pilote ou co-pilote ? Non, j’en suis sûr : plutôt prendre une barque à Tanger ou Kélibia et affronter la flotte FRONTEX. Ou, mieux encore rester chez soi et se battre contre les tyrans. Comme le fait la jeunesse égyptienne, qui a fait preuve ces derniers mois d’un courage et d’une créativité exemplaire. Lisez à ce sujet l’intéressant article d’Yves Gonzalez-Quijano sur son blog et écoutez ce morceau de rap égyptien qui dit :
Opprimé, opprimé /Pas de liberté /Tout est coincé, bloqué / Les vols, assez ! / Nervis dépravés / Comme un moustique écrasé / Faut même pas bouger / Pouvoir d’achat envolé /Les pauvres toujours plus pauvres / Les riches toujours plus riches / Les classes moyennes toujours plus envolées /Chacun cherche à s’en tirer / Plus personne veut penser…



Et en bonus, je vous propose de voir comment la police du Raïs traite cette jeunesse, dans une vidéo d’août 2007…





…et comment la police du Raïs traite les femmes, dans cette vidéo de 9 secondes, tournée clandestinement dans un commissariat de police du pays des momies




* Événement salué par un concert de casseroles sur les terrasses du Caire, à l’appel de la nouvelle opposition sociale qui s’est manifesté par la tentative de grève générale du 6 avril dernier, durement réprimée, comme d’habitude.

Et en super-bonus, une caricature du Canard Enchaîné sur un autre éminent participant au sommet de création de l’UPM, l’aspirant au titre de challenger de Moubarak, j’ai nommé Zine El Abidine Ben Ali, alias BMD (Bac Moins Douze), qui, lui, n’a que 72 ans, n’est au pouvoir que depuis 1987 et a été constamment « élu » et « réélu », avec 99,4% de voix en 1989, avec 99,91% en 1994, avec 99,94% en 1999. Pour 2009 et 2014, il est même assuré de faire 100,99% des voix… Et en 2019, il n'aura que 83 ans, il pourra donc se représenter pour au moins encore 3 mandats...


Bonne semaine, quand même !
Que la Force de l’esprit soit avec vous !
...et à mardi prochain !

lundi 21 mai 2007

N° 37 – « 22 », la nouvelle série


Une dose de « Dallas », une dose de « Dynasty », une dose de « 24 », une dose de « Soprano », une pincée de Loft Story, un parfum de « Star Academy », le tout assaisonné de souvenirs du « Parrain » : mélangez, servez tiède et ça donne. « 22 », le nom de la nouvelle série télévisée qui passe sur toutes les chaînes françaises en continu. 22, c’est le nombre de protagonistes de la série. Premier rôle : Don Nicco Sarkozzi, nouveau chef de la Coupole. Les 21 autres sont :
Premier ministre François Fillon, UMP, 53 ans.
Ministre d'Etat, ministre de l'écologie, du développement et de l'aménagement durablesAlain Juppé, UMP, 61 ans.
Ministre de l'économie, des finances et de l'emploi Jean-Louis Borloo, Parti radical, 56 ans.
Ministre de l'intérieur, de l'outre-mer et des collectivités locales Michèle Alliot-Marie, UMP, 60 ans.
Ministre des affaires étrangères et européennes Bernard Kouchner, Parti socialiste, 67 ans.
Ministre de l'immigration , de l'intégration, de l'identité nationale et du codéveloppement Brice Hortefeux, UMP, 49 ans.
Ministre de la justice Rachida Dati, UMP, 41 ans.
Ministre du travail, des relations sociales et de la solidarité Xavier Bertrand, UMP, 42 ans.
Ministre de l'éducation nationale Xavier Darcos, UMP, 59 ans.
Ministre de l'enseignement supérieur et de la rechercheValérie Pecresse, UMP, 39 ans
Ministre de la défense Hervé Morin, UDF-majorité présidentielle, 45 ans.
Ministre de la santé, de la jeunesse et des sportsRoselyne Bachelot, UMP, 60 ans.
Ministre du logement et de la ville Christine Boutin, UMP, 63 ans.
Ministre de l'agriculture et de la pêche Christine Lagarde, 51 ans.
Ministre de la culture et de la communication, porte-parole du gouvernement Christine Albanel, 51 ans.
Ministre du budget, des comptes publics et de la fonction publique Eric Woerth, UMP, 51 ans.
Secrétaire d'Etat chargé des relations avec le Parlement, auprès du premier ministre Roger Karoutchi, UMP, 55 ans.
Secrétaire d'Etat à la prospective et évaluation des politiques publiques, auprès du premier ministre Eric Besson, ex-PS, 49 ans.
Secrétaire d'Etat aux transports, auprès du ministre de l'écologie, du développement et de l'aménagement durableDominique Bussereau, UMP, 54 ans.
Secrétaire d'Etat aux affaires européennes, auprès du ministre des affaires étrangères et européennes Jean-Pierre Jouyet, 53 ans.
Hors gouvernementMartin Hirsch, 43 ans, président d'Emmaüs-France, haut commissaire aux solidarités actives contre les pauvretés.
Le thème de la série : après de le départ du « Grandfather », Don Chiracco, un nouveau parrain prend sa place et nomme son équipe, dans laquelle on remarque un repris de justice (Alain Juppé) et deux traîtres : Bernard Kouchner et Eric Besson.
Alain Juppé : c’est l’homme dont Don Chiracco a exigé la présence au sein de la Coupole, à la droite de Don Nicco. Juppé est le candidat de Don Chiracco pour l’élection de 2012. En attendant, il sera chargé de faire la liaison avec le Grandfather déchu, lequel va créer une Fondation pour le développement durable, administrée par un vieil ami de la famiglia, Michel Camdessus, ancien président de la Coupoles des Coupoles, le FMI, puis conseiller du Vatican. Après avoir été condamné dans l’affaire des emplois fictifs de la Mairie de Paris en 2004, Juppé s’était exilé au Québec où, dans la contemplation des vastes espaces enneigés du grand Nord, il a été touché par la grâce écologiste. Don Nicco, en le nommant, a tenu à remplir la promesse faite à Nicolas Hulot, dont il avait signé le « Pacte écologique », pendant la campagne électorale.
Mais les deux hommes dont la présence dans la Coupole a fait le plus jaser, ce sont Eric Besson et Bernard Kouchner. Don Nicco, dont la phase préférée, répétée dans chacun de ses discours, est « Je ne vous trahirai jamais » -une telle obsession est pour le moins suspecte – a fait très fort, en débauchant deux pontes du Parti socialiste, qui s’en étrangle de fureur. Mais au fait, sont-ce vraiment des traîtres ? Pour Eric Besson, je ne sais pas, mais pour Bernard Kouchner, voici ce que je peux vous dire.
Kouchner, baptisé depuis longtemps par les Palestiniens francophones « Kauchemar », est le doyen des 22. Il a 67 ans, alors que la moyenne d’âge des 21 autres est de 52 ans. On aurait pu penser qu’il avait atteint l’âge de la retraite. Mais non, il a expliqué à ses amis socialistes qu’il avait besoin d’un boulot. C’est qu’après avoir raté la présidence de l’Organisation mondiale de la santé, il était désoeuvré. Son dernier petit boulot ne lui avait rapporté que 30 000 Euro. Il avait concocté un petit rapport vite fait bien fait pur dédouaner l’entreprise pétrolière Total des accusations d’avoir recouru à des travailleurs forcés pour la construction d’un gazoduc en Birmanie. Pour écrire ce rapport, il avait passé : 1 journée à Genève, 1 journée à New York et 1 journée ½ à Rangoon.Depuis 15 jours, les médias français avec un touchant ensemble ont répété matin midi et soir que Kouchner, en Mai 68, était sur les barricades. Faux, faux et archi-faux : en Mai 1968, Kauchemar, qui avait alors 29, était un jeune médecin et opérait au Biafra, où Jacques Foccart, l’homme chargé par De Gaulle de réorganiser l’empire colonial français en Afrique, avait monté une petite sécession pour arracher les ressources pétrolières au Nigeria. Que Kauchemar roule pour l’Élysée n’est donc pas une nouveauté. En 1994, il a remis ça, au Rwanda, où il a mené la mission exploratoire qui a débouché sur l’Opération Turquoise. Cette opération, sous couvert d’intervention humanitaire, a permis d’exfiltrer les responsables et auteurs du génocide rwandais. Kauchemar est l’inventeur de « l’ingérence humanitaire ». Les Soudanais n’ont qu’à bien se tenir : là où Kauchemar trace un « corridor humanitaire », l’herbe n’est pas près de repousser. Sa présence dans la série « 22 » devrait apporter un zeste d’ « Urgences », d’autant plus que le héros d’Urgences, George Clooney, est totalement engagé dans l’opération « Sauvons le Darfour ».Pour conclure, une petite suggestion aux scénaristes de « 22 » : si vous voulez pulvériser les records d’audience, embarquez donc les 22 à bord du yacht Paloma et concoctez-nous une super Loft Story. Si vous trouvez que ça manque de femmes, ajoutez-y Cecilia et Christine. Les spectateurs ne risquent pas de s’ennuyer.

Bonne semaine, quand même !
Que la Force de l’esprit soit avec vous !

lundi 30 avril 2007

N° 35 – Recomposition, équilibrisme, impossible social-démocratie française : danse sur un fil

Funambules, par Viviane Sermonat, d’après John William Waterhouse
Chaque élection présidentielle française apporte ses surprises et est l’occasion de recompositions par lesquelles les appareils des partis politiques tentent de s’adapter aux évolutions de l’électorat, à partir évidemment des interprétations qu’ils en font, lesquelles ne brillent pas toujours par la finesse et l’intelligence.
La grande surprise du premier tour de l’élection 2007 aura donc été le score stupéfiant de François Bayrou, qui a plus que doublé les scores habituels de son parti, l’UDF, fondé par Giscard d’Estaing alors président pour regrouper ses partisans, dégoûtés de la brutalité d’un RPR alors dirigé par Chirac. L’UDF regroupe – peu ou prou – ce qu’il est convenu d’appeler des démocrates-chrétiens à la française, lointains héritiers du MRP de l’après-guerre. L’UDF a toujours été classée à droite et a participé à tous les gouvernements de droite depuis sa naissance.
Soudain, l’année dernière, Bayrou amorce le virage en votant le vote de défiance au gouvernement. L’homme a des ambitions suprêmes. Il commence alors son inexorable ascension. Et voilà qu’il déclare que son part n’est plus à droite sans pour cela être à gauche, bref qu’il est LE centre.
Stratégie payante : il arrive en troisième position à l’élection.
Résultat : les voix des électeurs de Bayrou sont les plus convoitées par les deux candidats restés en lice, Sarkozy et Royal. Comme je le prophétisais la semaine dernière, Bayrou a été très malin : il a refusé et refusera de donner des consignes de vote pour le 6 mai, laissant les électeurs libres de leur choix. Il prépare déjà la prochaine bataille : les élections législatives de juin, où il souhaite évidemment provoquer un raz-de-marée pour constituer un groupe parlementaire beaucoup plus étoffé que l’actuel, en doublant ou même triplant le nombre de ses députés.
Pour cela, il annonce la création d’un nouveau parti, le « Parti démocrate ». Il aura du mal à trouver un sigle pour ce parti : PD ferait ricaner toute la France et PDF ferait rigoler tous les internautes. Enfin, on compte sur ses conseillers en communication pour trouver quelque chose.
L’attitude de Sarkozy et Royal face à la surprise du 22 avril a été à l’image des deux candidats : brutale pour le premier, doucereuse et charmeuse pour la seconde.
Sarkozy a refusé l’idée d’un débat public avec Bayrou, s’inscrivant dans la tradition de rudoyement brutal des centristes instaurée par de Gaulle et poursuivie par Chirac. Pendant qu’il méprise publiquement Bayrou, ses hommes travaillent intensivement les hommes de Bayrou au corps pour les rallier un à un à Sarkozy. Pour faire ce travail, ils peuvent compter sur deux « traîtres » de choix, Gilles de Robien et André Santini, qui expliquent que s’ils appellent à voter pour Sarkozy, ils seront assurés d’être réélus députés. Sinon, l’UMP ne leur fera pas de cadeaux et les é-li-mi-ne-ra. Résultat : à l’heure où j’écris, la majorité des députés UDF appellent à voter Sarkozy.
Royal a accepté l’idée d’un « dialogue » avec Bayrou, qui a eu lieu le samedi 28 avril et a duré deux heures. Courtois, tout en salamalecs, un vrai ballet. Mais qui était le cobra et qui était a mangouste ? Conclusion : ils ont des accords sur pas mal de choses et des désaccords sur pas mal d’autres. La fusion du PS et de l’UDF n’est pas pour demain. Donc pas d’UDS, ni de PDS ni de PSD.
En observant le cirque électoral depuis mon marigot – grâce à la parabole – j’ai eu, en voyant et écoutant Royal, une vision : celle d’une funambule. Royal marche sur un fil tendu d’où elle risque très fort de tomber le 6 mai. En effet, plus elle s’adresse aux électeurs centristes, et plus elle perd des voix d’extrême-gauche. Après le dialogue avec Bayrou samedi, elle va donc faire jouer les violons de gauche avec un grand meeting, suivi d’un concert, le mardi 1er mai, au Stade Charléty de Paris. Et dimanche, interrogée sur une télévision, elle déclarait carrément être totalement d’accord avec le slogan de campagne d’Oliver Besancenot : « Nos vies valent mieux que leurs profits ». Histoire de convaincre les électeurs du facteur rouge de ne pas s’abstenir le 6 mai et de venir voter pour elle.
Le choix du Stade Charléty n’est pas innocent. Explications à l’usage des ignorants.
Le lundi 27 mai 1968, 70 000 personnes participaient à un meeting au Stade Charléty, organisé par l’UNEF, la CFDT et le PSU et boycotté par le PCF et la CGT. L’aile réformiste du mouvement de Mai 68 voulait mettre sur les rails une solution Mendès-France, grande figure de la gauche réformiste, ancien Président du Conseil de la IVème République. Mendès assista au meeting mais n’y prit pas la parole. Une partie de la foule cria « Mendès Président ». Le lendemain, François Mitterrand donnait une conférence de presse pour annoncer que PMF (c’est ainsi qu’on appelait Pierre Mendès-France) et lui-même étaient prêts à prendre la relève de De Gaulle. Le PCF et la CGT, après quelques hésitations, s’engageaient aussi dans cette « coalition » qui fit long feu. De Gaulle et Pompidou répondirent en désamorçant la grève générale ouvrière – par la concession de 25% d’augmentations de salaires, en dissolvant le Parlement et en organisant de nouvelles élections, qui virent une victoire écrasante de la droite gaulliste.
Pour Mitterrand, il faudra attendre encore 13 ans pour arriver au pouvoir. C’est son remarquable machiavélisme qui a permis à la « gauche » socialiste de parvenir au pouvoir. En mettant sur les rails Le Pen et son Front national, Mitterrand a tué deux mouches d’un coup : il a engagé le processus d’inexorable déclin du PCF, qui le concurrençait à gauche et il a divisé les électeurs de droite, dont les voix se sont éparpillées dans le « vote inutile » pour Le Pen, ce qui a permis à Mitterrand de réaliser son score victorieux le 10 mai 1981.
Les socialistes français ne sont pas sociaux-démocrates allemands ou suédois. La grande force de ces derniers ont été les syndicats d’ouvriers, d’employés et de fonctionnaires –qui regroupent presque tous les salariés -, qu’ils dominent à 100%. Les salariés français sont très peu syndiqués – de l’ordre de 10 à 15% - et divisés entre une bonne douzaine de centrales syndicales, dont chacune s’appuie sur des bastions où elle est forte. Et toutes ignorent pratiquement le nouveau prolétariat intermittent, qui passe une partie de son temps à trimer dans des centres d’appel et autres secteurs de la « nouvelle économie », sans parler des fast foods et autres boulots de merde post-modernes.
Les sociaux-démocrates allemands ou suédois ont pu établir un système de capitalisme social à partir de positions de force relative dans les entreprises, arrachant ainsi des concessions non négligeables aux patrons, en échange de leur acceptation du système. Bref, ils vendu la classe ouvrière pour un plat de lentilles, mais des lentilles dorées.
Quand on voit Madame Royal visiter une usine, on sent physiquement qu’elle est totalement étrangère au monde du travail salarié. Il n’y a d’ailleurs dans la direction du Parti socialiste pratiquement pas un seul syndicaliste ouvrier. Le Parti socialiste est et reste donc un parti bourgeois, certes avec une composante un peu plus populaire que l’UDF, mais il n’y a pas entre eux de différences de classe fondamentales.
Rien, fondamentalement, ne s’opposerait à la grande fusion appelée à grands cris par Cohn-Bendit, Kouchner et les autres imposteurs qui usurpent l’héritage de la révolte de 68, cette "page" que Sarkozy dit vouloir "tourner" (apparemment, mai 68 l'a traumatisé). Avec l'aide d'André Glucksmann, sans doute...
Bref, la gauche française est mal partie. Il faudrait dire plutôt « les gauches » :Le PCF est en voie de disparitionLes trotskystes restent des sectes magouilleusesLes Verts sont hors jeuLes altermondialistes sont incapables de se transformer en force politique autonome, indépendante, offensive et…populaire.
La France se retrouvera au soir du 6 mai avec un président Nicolas Sarkozy.
Chaque pays a les présidents qu’il mérite.
Le Stade Charléty ne fera pas le poids face à un Palais des Sports américanisé où l’on a vu un Sarkozy se prendre déjà pour George Bush, en portant la main à son cœur lors de l’hymne national, geste typiquement yankee. Atteint d’autisme, il ne semble pas comprendre que les Français ne sont pas des yankees et refuseront toujours de se laisser enfermer dans la logique binaire de deux partis uniques et jumeaux alternant au pouvoir. Bref, nous ne sommes pas au bout de nos surprises avec ces sacrés Français.
Et n’oubliez pas cette maxime : si les élections pouvaient changer quelque chose, il y a longtemps qu’elles seraient interdites.
Dernière remarque : mercredi 2 mai, on aura droit au grand duel télévisé Royal-Sarkozy. Ils ont tous les deux intérêt à bien choisir les couleurs de leurs tenues. Richard Nixon avait perdu l’élection présidentielle de 1960 contre Kennedy, pour une raison toute bête : lors de leur premier débat télévisé – le premier de l’histoire – il portait une chemise blanche, laquelle, à la télé en noir et blanc de l’époque, paraissait grise. Alors, Ségolène ? Tailleur rose, bleu, rouge ou beige ? C’est la question la plus importante de la semaine qui vient.

Bonne semaine, quand même !
Que la Force de l’esprit soit avec vous !