lundi 28 mai 2007

N° 38 – Vol Air France 796 Paris-Bamako, samedi 26 mai 2007, aéroport Roissy-Charles de Gaulle, en Repüblik de Sarköland

Le samedi 26 mai 2007, le cinéaste Laurent Cantet (Ressources humaines, L'Emploi du temps) son assistant et directeur de production, Michel Dubois et leur équipe de tournage ont été témoins de scènes barbares à bord d’un vol Air France à destination de Bamako. Ils racontent :

« Samedi 26 mai. Vol AF 796 pour Bamako. Quelques minutes avant la fermeture des portes, des cris au dernier rang de l'avion. Une reconduite à la frontière classique.
Deux personnes tentent de contenir un homme d'une quarantaine d'années qui se débat violemment. On croit d'abord à une bagarre entre passagers. Certains veulent les séparer mais en sont vite dissuadés par les policiers qui se font alors connaître.
S'ensuit une scène d'une grande violence : l'un des policiers pratique un étranglement sur le passager, l'autre lui assène de grands coups de poing dans le ventre. Ses hurlements se transforment en plaintes rauques. Cette tentative de maîtrise dure dix bonnes minutes, peut-être plus, et suscite immédiatement chez les passagers un mouvement de protestation qui n'a aucun effet sur les violences en cours.
L'un des passagers filme la scène avec son téléphone, ce qui énerve un peu plus la responsable de l'opération, qui menace d'arrestation les personnes les plus proches et photographie les protestataires. Pour tenter de faire taire tout le monde, la policière explique que l'homme n'est pas un simple sans papiers, mais un repris de justice, soumis à la double peine. Cela semble à ses yeux justifier la méthode et toute la violence exercée sur lui.
Sous les huées des passagers, l'homme finit par être immobilisé et sanglé. Il perd connaissance, yeux révulsés, langue pendante, écume aux lèvres. Un mouvement de panique gagne les policiers. Ils prennent alors la décision de l'évacuer. Autour de nous, de nombreux passagers imaginent que l'homme est mort, ce qui fait encore monter d'un cran l'émotion. Des femmes pleurent, des gens convergent de tout l'appareil, rajoutant à la confusion.
C'est alors qu'une bonne dizaine d'agents de la Police des Air et des Frontière, la PAF, fait irruption dans l'appareil. Désigné par la responsable de l'opération, Michel Dubois, qui comme nous tous avait pris part aux protestations, est débarqué pour auditions. D'autres passagers, choqués par cette arrestation, sont à leur tour menacés du même sort.
A bord, on nous demande vainement de nous rasseoir, de nous calmer mais beaucoup exigent le retour de Michel Dubois. Un des policiers, visiblement dépassé par la situation, nous propose alors un marché : Michel pourrait réembarquer à condition que l'expulsé remonte lui aussi à bord. La balle était donc dans notre camp, nous serions responsable du retard de l'avion, et même de l'éventuelle annulation du vol. Michel devenait clairement une monnaie d'échange.
Cette proposition inacceptable est d'ailleurs tout de suite contredite par un policier de la PAF qui annonce la garde à vue de Michel Dubois et réitère ses menaces à l'égard des passagers qui campent sur leurs positions. Le commandant de bord finit par faire une annonce, dans laquelle il fait état de "manoeuvres" d'un individu refusant d'être reconduit dans son pays d'origine, et de manifestations d'une minorité de passagers pour expliquer l'annulation du vol.
Nulle mention des violences dont nous avions été témoin, ni de l'état de santé du passager pourtant aperçu dans une ambulance stationnée au pied de l'appareil, toujours inconscient et sous assistance respiratoire.
Nous sommes nombreux, comme Michel Dubois, à être choqués par la barbarie de la scène, par le traitement excessivement violent qui a été infligé sous nos yeux à cet homme, fut-il repris de justice, (ce dont il nous est d'ailleurs permis de douter, puisqu'afin de ne pas attirer l'attention des autres voyageurs, les policiers avaient d'abord décidé de le faire voyager sans le menotter).
Nombreux aussi à avoir la désagréable impression d'avoir été pris en otage par les autorités et profondément choqués par l'attitude du Commandant de bord d'Air France qui n'est pas intervenu pour faire cesser ces violences les tolérant même au mépris de la sécurité des passagers qu'il se soit d'assurer et en prenant la responsabilité de faire annuler le vol empêchant du même coup des centaines de personnes de faire le voyage pour lequel elles avaient acheté un billet.
Nous sommes enfin révoltés d'avoir été contraints de devenir complices des policiers en obéissant aux différentes injonctions et menaces proférées à notre encontre. Devions-nous laisser se dérouler sous nos yeux des actes d'une telle brutalité ? Pouvions-nous accepter l'arbitraire de l'arrestation de l'un d'entre nous dont le seul tort avait été de s'indigner et de parler avec les policiers pour tenter de faire cesser la violence ? Il y a là une pénalisation de la solidarité qui nous semble inadmissible et inquiétante quant à l'état de notre démocratie.
Nous ne sommes pas assez naïfs pour croire que cette scène est un cas isolé, une bavure en somme. Nous savons qu'elle se reproduit quasi quotidiennement, et nous tenons à manifester notre indignation en relatant les faits le plus exactement possible.
Michel Dubois a été relâché quelques heures plus tard, mais on l'a informé que des poursuites seraient engagées contre lui. Quant au passager malien, nous n'avons aucune nouvelle de lui, et son état de santé ainsi que le sort qui lui sera réservé dans les prochains jours nous inquiètent au plus haut point.
Des passagers du vol AF 796»

Épilogue provisoire de cette affaire, relaté par le Réseau Éducation sans frontières :
« Le Malien dont l'expulsion a été empêchée le 26 mai par l'intervention de passagers indignés des violences qu'il subissait sur le vol Air France Paris-Bamako est libre.
En effet, bien que la police l'ait particulièrement chargé en portant plainte pour trois motifs (« opposition à une mesure d'éloignement », « refus d'embarquement » et « coups et blessures contre un policier »), le Juge des libertés et de la détention du TGI de Bobigny a décidé de ne pas le traduire en comparution immédiate, de le libérer et de le convoquer en justice le 28 juin.
Une décision qui est un démenti cinglant aux rumeurs colportées aussi bien par les policiers dans l'avion que par un collaborateur du ministre tendant à le faire passer pour un dangereux délinquant.
Les conditions de brutalité particulièrement choquantes dans lesquelles s'est déroulée cette tentative d'expulsion sont aussi un démenti sans appel aux propos du nouveau ministre qui, dans ses déclarations, prétend conjuguer "fermeté et d'humanité" (« l'un ne va pas sans l'autre ») alors que dans les faits, la brutalité et elle seule préside aux expulsions.
Cette violence à l'égard des expulsés s'accompagne d'une volonté de plus en plus affirmée de réprimer tous ceux qui seraient tentés de ne pas laisser faire, de ne pas se taire, de ne pas fermer les yeux.
Cette affaire, qui a conduit à l'annulation du vol du 26 mai pour Bamako place Air France devant ses responsabilités : rien, aucune loi, aucun règlement n'oblige une compagnie aérienne, privée de surcroît à accepter des voyageurs contraints sur ses vols, menottés, parfois bâillonnés, attachés à leur siège et tabassés quand ils protestent.
Les clients de la compagnie ne prennent pas non plus des billets Air France pour être menacés par la police quand ils s'élèvent contre des scènes choquantes, et, pour certains d'entre eux, évacués de force de l'avion, molestés, placés en garde à vue et poursuivis comme le sont Kadidja et François Auguste traînés en justice et menacé de 5 ans de prison et 18 000 € d'amende pour n'avoir pas toléré les conditions inhumaines imposées aux reconduits. Les passagers d'Air France achètent des billets pour se déplacer dans des conditions normales de sécurité et de confort. Ils veulent voyager dans un avion, pas dans un fourgon cellulaire volant. »

Cette affaire n’est pas la première du genre :
« Pour mémoire, les cas précédents de répression engagée contre des militants du RESF ou des personnes ayant agi dans le cadre de ses actions.
* Michel Guérin jugé pour diffamation à l'encontre d'un préfet, sur plainte du ministre de l'Intérieur de l'époque, M. Sarkozy après avoir protesté dans un courrier contre l'expulsion du journaliste Elvis Kouanga Kazeta. Le verdict est en délibéré.
* Florimond Guimard, instituteur de Marseille, accusé de violence en réunion avec arme par destination pour avoir empêché, le 11 novembre 2006, l'expulsion d'un père algérien de 2 enfants à l'aéroport de Marignane. En réalité, il s'est contenté de suivre avec sa voiture le véhicule de police qui transportait l'expulsé. Il sera jugé le 22 octobre et risque 3 années de prison et 45 000 € d'amende.
* Kadidja, passagère du vol Paris-Bamako du 29 novembre 2006 a protesté avec d'autres contre la présence à bord d'un reconduit qu'elle pensait être Daïm, étudiant toulousain que ses camarades du RUSF et du RESF étaient venu défendre à Roissy. Elle risque 5 années de prison et 18 000 € d'amende pour entrave à la circulation d'un aéronef.
* Le 2 décembre 2006, François Auguste, vice-président de la Région Rhône-Alpes, s'adressait aux passagers d'un vol Lyon-Paris pour tenter d'empêcher l'expulsion d'une famille. Jeté à terre, molesté, placé en garde-à-vue, il est accusé d'entrave à la circulation d'un aéronef. Il sera jugé le 26 novembre à Lyon. Il risque 5 années de prison et 18 000 ? d'amende.
* Tout récemment, quatre militants du Collectif de solidarité avec les Migrants et du RESF de Méru (Oise), par ailleurs militants FSU et CGT (dont le responsable de l'UL de Méru) ont été mis en examen pour diffamation envers le maire UMP de Méru pour avoir taxé de « délation » la volonté affichée du Maire de dénoncer les prétendus 10% de mariages blancs célébrés dans un quartier de la ville. Ils seront jugés le 29 mai au TGI de Beauvais. »
Chers lecteurs, vous êtes donc avertis : désormais, quand vous prendrez l’avion dans un aéroport du territoire sarkölandais, ce sera à vos risques et périls ! Et vous ne pourrez pas dire qu’on ne vous avait pas avertis !
Bonne semaine, quand même !

Que la Force de l’esprit soit avec vous !

lundi 21 mai 2007

N° 37 – « 22 », la nouvelle série


Une dose de « Dallas », une dose de « Dynasty », une dose de « 24 », une dose de « Soprano », une pincée de Loft Story, un parfum de « Star Academy », le tout assaisonné de souvenirs du « Parrain » : mélangez, servez tiède et ça donne. « 22 », le nom de la nouvelle série télévisée qui passe sur toutes les chaînes françaises en continu. 22, c’est le nombre de protagonistes de la série. Premier rôle : Don Nicco Sarkozzi, nouveau chef de la Coupole. Les 21 autres sont :
Premier ministre François Fillon, UMP, 53 ans.
Ministre d'Etat, ministre de l'écologie, du développement et de l'aménagement durablesAlain Juppé, UMP, 61 ans.
Ministre de l'économie, des finances et de l'emploi Jean-Louis Borloo, Parti radical, 56 ans.
Ministre de l'intérieur, de l'outre-mer et des collectivités locales Michèle Alliot-Marie, UMP, 60 ans.
Ministre des affaires étrangères et européennes Bernard Kouchner, Parti socialiste, 67 ans.
Ministre de l'immigration , de l'intégration, de l'identité nationale et du codéveloppement Brice Hortefeux, UMP, 49 ans.
Ministre de la justice Rachida Dati, UMP, 41 ans.
Ministre du travail, des relations sociales et de la solidarité Xavier Bertrand, UMP, 42 ans.
Ministre de l'éducation nationale Xavier Darcos, UMP, 59 ans.
Ministre de l'enseignement supérieur et de la rechercheValérie Pecresse, UMP, 39 ans
Ministre de la défense Hervé Morin, UDF-majorité présidentielle, 45 ans.
Ministre de la santé, de la jeunesse et des sportsRoselyne Bachelot, UMP, 60 ans.
Ministre du logement et de la ville Christine Boutin, UMP, 63 ans.
Ministre de l'agriculture et de la pêche Christine Lagarde, 51 ans.
Ministre de la culture et de la communication, porte-parole du gouvernement Christine Albanel, 51 ans.
Ministre du budget, des comptes publics et de la fonction publique Eric Woerth, UMP, 51 ans.
Secrétaire d'Etat chargé des relations avec le Parlement, auprès du premier ministre Roger Karoutchi, UMP, 55 ans.
Secrétaire d'Etat à la prospective et évaluation des politiques publiques, auprès du premier ministre Eric Besson, ex-PS, 49 ans.
Secrétaire d'Etat aux transports, auprès du ministre de l'écologie, du développement et de l'aménagement durableDominique Bussereau, UMP, 54 ans.
Secrétaire d'Etat aux affaires européennes, auprès du ministre des affaires étrangères et européennes Jean-Pierre Jouyet, 53 ans.
Hors gouvernementMartin Hirsch, 43 ans, président d'Emmaüs-France, haut commissaire aux solidarités actives contre les pauvretés.
Le thème de la série : après de le départ du « Grandfather », Don Chiracco, un nouveau parrain prend sa place et nomme son équipe, dans laquelle on remarque un repris de justice (Alain Juppé) et deux traîtres : Bernard Kouchner et Eric Besson.
Alain Juppé : c’est l’homme dont Don Chiracco a exigé la présence au sein de la Coupole, à la droite de Don Nicco. Juppé est le candidat de Don Chiracco pour l’élection de 2012. En attendant, il sera chargé de faire la liaison avec le Grandfather déchu, lequel va créer une Fondation pour le développement durable, administrée par un vieil ami de la famiglia, Michel Camdessus, ancien président de la Coupoles des Coupoles, le FMI, puis conseiller du Vatican. Après avoir été condamné dans l’affaire des emplois fictifs de la Mairie de Paris en 2004, Juppé s’était exilé au Québec où, dans la contemplation des vastes espaces enneigés du grand Nord, il a été touché par la grâce écologiste. Don Nicco, en le nommant, a tenu à remplir la promesse faite à Nicolas Hulot, dont il avait signé le « Pacte écologique », pendant la campagne électorale.
Mais les deux hommes dont la présence dans la Coupole a fait le plus jaser, ce sont Eric Besson et Bernard Kouchner. Don Nicco, dont la phase préférée, répétée dans chacun de ses discours, est « Je ne vous trahirai jamais » -une telle obsession est pour le moins suspecte – a fait très fort, en débauchant deux pontes du Parti socialiste, qui s’en étrangle de fureur. Mais au fait, sont-ce vraiment des traîtres ? Pour Eric Besson, je ne sais pas, mais pour Bernard Kouchner, voici ce que je peux vous dire.
Kouchner, baptisé depuis longtemps par les Palestiniens francophones « Kauchemar », est le doyen des 22. Il a 67 ans, alors que la moyenne d’âge des 21 autres est de 52 ans. On aurait pu penser qu’il avait atteint l’âge de la retraite. Mais non, il a expliqué à ses amis socialistes qu’il avait besoin d’un boulot. C’est qu’après avoir raté la présidence de l’Organisation mondiale de la santé, il était désoeuvré. Son dernier petit boulot ne lui avait rapporté que 30 000 Euro. Il avait concocté un petit rapport vite fait bien fait pur dédouaner l’entreprise pétrolière Total des accusations d’avoir recouru à des travailleurs forcés pour la construction d’un gazoduc en Birmanie. Pour écrire ce rapport, il avait passé : 1 journée à Genève, 1 journée à New York et 1 journée ½ à Rangoon.Depuis 15 jours, les médias français avec un touchant ensemble ont répété matin midi et soir que Kouchner, en Mai 68, était sur les barricades. Faux, faux et archi-faux : en Mai 1968, Kauchemar, qui avait alors 29, était un jeune médecin et opérait au Biafra, où Jacques Foccart, l’homme chargé par De Gaulle de réorganiser l’empire colonial français en Afrique, avait monté une petite sécession pour arracher les ressources pétrolières au Nigeria. Que Kauchemar roule pour l’Élysée n’est donc pas une nouveauté. En 1994, il a remis ça, au Rwanda, où il a mené la mission exploratoire qui a débouché sur l’Opération Turquoise. Cette opération, sous couvert d’intervention humanitaire, a permis d’exfiltrer les responsables et auteurs du génocide rwandais. Kauchemar est l’inventeur de « l’ingérence humanitaire ». Les Soudanais n’ont qu’à bien se tenir : là où Kauchemar trace un « corridor humanitaire », l’herbe n’est pas près de repousser. Sa présence dans la série « 22 » devrait apporter un zeste d’ « Urgences », d’autant plus que le héros d’Urgences, George Clooney, est totalement engagé dans l’opération « Sauvons le Darfour ».Pour conclure, une petite suggestion aux scénaristes de « 22 » : si vous voulez pulvériser les records d’audience, embarquez donc les 22 à bord du yacht Paloma et concoctez-nous une super Loft Story. Si vous trouvez que ça manque de femmes, ajoutez-y Cecilia et Christine. Les spectateurs ne risquent pas de s’ennuyer.

Bonne semaine, quand même !
Que la Force de l’esprit soit avec vous !

dimanche 6 mai 2007

N° 36 – Bienvenue en Sarköland


Comme prévu, Nikola Pál Istvan Sárközy Nagybocsai a été élu 23ème président de la République française et 6ème de la 5ème République.
Sous ce descendant d’Attila, fléau de Dieu, la République française deviendra donc la première République génétiquement modifiée de l’histoire.
Le candidat Sárközy avait promis qu’il formerait un gouvernement « resserré » de 15 ministères.
Voici les 15 ministères en question :
Ministère de l'Identité génétique nationale (Intérieur, sécurité et cultes)
Ministère de la défense génétique
Ministère de l'Économie et des Finances génétiques
Ministère de l'Écologie génétique et du Développement génétique durable
Ministère des Affaires étrangères génétiques
Ministère de la Justice génétique
Ministère des Affaires génétiques sociales
Ministère de l'Éducation génétique nationale, de la jeunesse génétiquement correcte et des Sports génétiquement salutaires
Ministre de la Culture et de la Communication génétiquement correctes
Ministère de l'Emploi génétiquement utile, de la Cohésion génétique, de la Discrimination génétique positive et du Logement pour les génétiquement corrects
Ministre des Transports génétiques, de l'Équipement génétique, du Tourisme génétiquement correct et de la Mer génétiquement manipulée
Ministère de la Santé et des Solidarités génétiques
Ministère de l'Agriculture et de la Pêche génétiquement manipulées
Ministère de la Fonction publique génétiquement contrôlée
Ministère de l'Outre-mer génétiquement épurée.
Dans les premières décisions du nouveau président, il y a aura quelques changements de dénominations :
le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) deviendra le Centre national de la recherche génétique (CNRG) ;
les Renseignements généraux (RG) deviendront les Renseignements génétiques (RG).
Le nouveau Ministère de l'Identité génétique nationale aura pour tâche prioritaire d’établir le fichier génétique national de tous les habitants du pays. À terme, les documents d’identité porteront un code-barre indiquant le code génétique du détenteur. Tout personne démunie de ce code génétique sera punie d’une peine de 6 mois à 3 ans de prison ou à 30 000 € d’amende.
Bonne semaine, quand même !
Que la Force de l’esprit soit avec vous !

lundi 30 avril 2007

N° 35 – Recomposition, équilibrisme, impossible social-démocratie française : danse sur un fil

Funambules, par Viviane Sermonat, d’après John William Waterhouse
Chaque élection présidentielle française apporte ses surprises et est l’occasion de recompositions par lesquelles les appareils des partis politiques tentent de s’adapter aux évolutions de l’électorat, à partir évidemment des interprétations qu’ils en font, lesquelles ne brillent pas toujours par la finesse et l’intelligence.
La grande surprise du premier tour de l’élection 2007 aura donc été le score stupéfiant de François Bayrou, qui a plus que doublé les scores habituels de son parti, l’UDF, fondé par Giscard d’Estaing alors président pour regrouper ses partisans, dégoûtés de la brutalité d’un RPR alors dirigé par Chirac. L’UDF regroupe – peu ou prou – ce qu’il est convenu d’appeler des démocrates-chrétiens à la française, lointains héritiers du MRP de l’après-guerre. L’UDF a toujours été classée à droite et a participé à tous les gouvernements de droite depuis sa naissance.
Soudain, l’année dernière, Bayrou amorce le virage en votant le vote de défiance au gouvernement. L’homme a des ambitions suprêmes. Il commence alors son inexorable ascension. Et voilà qu’il déclare que son part n’est plus à droite sans pour cela être à gauche, bref qu’il est LE centre.
Stratégie payante : il arrive en troisième position à l’élection.
Résultat : les voix des électeurs de Bayrou sont les plus convoitées par les deux candidats restés en lice, Sarkozy et Royal. Comme je le prophétisais la semaine dernière, Bayrou a été très malin : il a refusé et refusera de donner des consignes de vote pour le 6 mai, laissant les électeurs libres de leur choix. Il prépare déjà la prochaine bataille : les élections législatives de juin, où il souhaite évidemment provoquer un raz-de-marée pour constituer un groupe parlementaire beaucoup plus étoffé que l’actuel, en doublant ou même triplant le nombre de ses députés.
Pour cela, il annonce la création d’un nouveau parti, le « Parti démocrate ». Il aura du mal à trouver un sigle pour ce parti : PD ferait ricaner toute la France et PDF ferait rigoler tous les internautes. Enfin, on compte sur ses conseillers en communication pour trouver quelque chose.
L’attitude de Sarkozy et Royal face à la surprise du 22 avril a été à l’image des deux candidats : brutale pour le premier, doucereuse et charmeuse pour la seconde.
Sarkozy a refusé l’idée d’un débat public avec Bayrou, s’inscrivant dans la tradition de rudoyement brutal des centristes instaurée par de Gaulle et poursuivie par Chirac. Pendant qu’il méprise publiquement Bayrou, ses hommes travaillent intensivement les hommes de Bayrou au corps pour les rallier un à un à Sarkozy. Pour faire ce travail, ils peuvent compter sur deux « traîtres » de choix, Gilles de Robien et André Santini, qui expliquent que s’ils appellent à voter pour Sarkozy, ils seront assurés d’être réélus députés. Sinon, l’UMP ne leur fera pas de cadeaux et les é-li-mi-ne-ra. Résultat : à l’heure où j’écris, la majorité des députés UDF appellent à voter Sarkozy.
Royal a accepté l’idée d’un « dialogue » avec Bayrou, qui a eu lieu le samedi 28 avril et a duré deux heures. Courtois, tout en salamalecs, un vrai ballet. Mais qui était le cobra et qui était a mangouste ? Conclusion : ils ont des accords sur pas mal de choses et des désaccords sur pas mal d’autres. La fusion du PS et de l’UDF n’est pas pour demain. Donc pas d’UDS, ni de PDS ni de PSD.
En observant le cirque électoral depuis mon marigot – grâce à la parabole – j’ai eu, en voyant et écoutant Royal, une vision : celle d’une funambule. Royal marche sur un fil tendu d’où elle risque très fort de tomber le 6 mai. En effet, plus elle s’adresse aux électeurs centristes, et plus elle perd des voix d’extrême-gauche. Après le dialogue avec Bayrou samedi, elle va donc faire jouer les violons de gauche avec un grand meeting, suivi d’un concert, le mardi 1er mai, au Stade Charléty de Paris. Et dimanche, interrogée sur une télévision, elle déclarait carrément être totalement d’accord avec le slogan de campagne d’Oliver Besancenot : « Nos vies valent mieux que leurs profits ». Histoire de convaincre les électeurs du facteur rouge de ne pas s’abstenir le 6 mai et de venir voter pour elle.
Le choix du Stade Charléty n’est pas innocent. Explications à l’usage des ignorants.
Le lundi 27 mai 1968, 70 000 personnes participaient à un meeting au Stade Charléty, organisé par l’UNEF, la CFDT et le PSU et boycotté par le PCF et la CGT. L’aile réformiste du mouvement de Mai 68 voulait mettre sur les rails une solution Mendès-France, grande figure de la gauche réformiste, ancien Président du Conseil de la IVème République. Mendès assista au meeting mais n’y prit pas la parole. Une partie de la foule cria « Mendès Président ». Le lendemain, François Mitterrand donnait une conférence de presse pour annoncer que PMF (c’est ainsi qu’on appelait Pierre Mendès-France) et lui-même étaient prêts à prendre la relève de De Gaulle. Le PCF et la CGT, après quelques hésitations, s’engageaient aussi dans cette « coalition » qui fit long feu. De Gaulle et Pompidou répondirent en désamorçant la grève générale ouvrière – par la concession de 25% d’augmentations de salaires, en dissolvant le Parlement et en organisant de nouvelles élections, qui virent une victoire écrasante de la droite gaulliste.
Pour Mitterrand, il faudra attendre encore 13 ans pour arriver au pouvoir. C’est son remarquable machiavélisme qui a permis à la « gauche » socialiste de parvenir au pouvoir. En mettant sur les rails Le Pen et son Front national, Mitterrand a tué deux mouches d’un coup : il a engagé le processus d’inexorable déclin du PCF, qui le concurrençait à gauche et il a divisé les électeurs de droite, dont les voix se sont éparpillées dans le « vote inutile » pour Le Pen, ce qui a permis à Mitterrand de réaliser son score victorieux le 10 mai 1981.
Les socialistes français ne sont pas sociaux-démocrates allemands ou suédois. La grande force de ces derniers ont été les syndicats d’ouvriers, d’employés et de fonctionnaires –qui regroupent presque tous les salariés -, qu’ils dominent à 100%. Les salariés français sont très peu syndiqués – de l’ordre de 10 à 15% - et divisés entre une bonne douzaine de centrales syndicales, dont chacune s’appuie sur des bastions où elle est forte. Et toutes ignorent pratiquement le nouveau prolétariat intermittent, qui passe une partie de son temps à trimer dans des centres d’appel et autres secteurs de la « nouvelle économie », sans parler des fast foods et autres boulots de merde post-modernes.
Les sociaux-démocrates allemands ou suédois ont pu établir un système de capitalisme social à partir de positions de force relative dans les entreprises, arrachant ainsi des concessions non négligeables aux patrons, en échange de leur acceptation du système. Bref, ils vendu la classe ouvrière pour un plat de lentilles, mais des lentilles dorées.
Quand on voit Madame Royal visiter une usine, on sent physiquement qu’elle est totalement étrangère au monde du travail salarié. Il n’y a d’ailleurs dans la direction du Parti socialiste pratiquement pas un seul syndicaliste ouvrier. Le Parti socialiste est et reste donc un parti bourgeois, certes avec une composante un peu plus populaire que l’UDF, mais il n’y a pas entre eux de différences de classe fondamentales.
Rien, fondamentalement, ne s’opposerait à la grande fusion appelée à grands cris par Cohn-Bendit, Kouchner et les autres imposteurs qui usurpent l’héritage de la révolte de 68, cette "page" que Sarkozy dit vouloir "tourner" (apparemment, mai 68 l'a traumatisé). Avec l'aide d'André Glucksmann, sans doute...
Bref, la gauche française est mal partie. Il faudrait dire plutôt « les gauches » :Le PCF est en voie de disparitionLes trotskystes restent des sectes magouilleusesLes Verts sont hors jeuLes altermondialistes sont incapables de se transformer en force politique autonome, indépendante, offensive et…populaire.
La France se retrouvera au soir du 6 mai avec un président Nicolas Sarkozy.
Chaque pays a les présidents qu’il mérite.
Le Stade Charléty ne fera pas le poids face à un Palais des Sports américanisé où l’on a vu un Sarkozy se prendre déjà pour George Bush, en portant la main à son cœur lors de l’hymne national, geste typiquement yankee. Atteint d’autisme, il ne semble pas comprendre que les Français ne sont pas des yankees et refuseront toujours de se laisser enfermer dans la logique binaire de deux partis uniques et jumeaux alternant au pouvoir. Bref, nous ne sommes pas au bout de nos surprises avec ces sacrés Français.
Et n’oubliez pas cette maxime : si les élections pouvaient changer quelque chose, il y a longtemps qu’elles seraient interdites.
Dernière remarque : mercredi 2 mai, on aura droit au grand duel télévisé Royal-Sarkozy. Ils ont tous les deux intérêt à bien choisir les couleurs de leurs tenues. Richard Nixon avait perdu l’élection présidentielle de 1960 contre Kennedy, pour une raison toute bête : lors de leur premier débat télévisé – le premier de l’histoire – il portait une chemise blanche, laquelle, à la télé en noir et blanc de l’époque, paraissait grise. Alors, Ségolène ? Tailleur rose, bleu, rouge ou beige ? C’est la question la plus importante de la semaine qui vient.

Bonne semaine, quand même !
Que la Force de l’esprit soit avec vous !

lundi 23 avril 2007

N° 34 – Sarkozyrou ou Bayrouyal ? La balle est au centre

Voici les résultats approximatifs et non définitifs du premier tour de l’élection présidentielle française
- Nicolas Sarkozy (UMP), alias Nabotléon Identité Génétique Nationale (NIGN) : 29%
- Ségolène Royal (PS), alias Canine Royale Suprême (CRS) : 26,5%
- François Bayrou (UDF), alias Le Tractoriste Ramasse-tout (TRT) : 18,5%
- Jean-Marie Le Pen (Front national), alias le BBB (Bâtard Borgne Breton) : 11%
- Olivier Besancenot (Ligue Communiste Révolutionnaire), alias Le Petit Facteur de Léon (PFL) : 4,5%
- Philippe de Villiers (Mouvement pour la France), alias Le Fou du Puits (FdP) : 2,5%
- Arlette Laguiller (Lutte Ouvrière), alias Camarade Rétro Travayeuzétravailleurs (CRT) : 2%
- Marie-George Buffet (PCF), alias Blues Georgina Tyrannosaura (BGT) : 1,5%
- Dominique Voynet (Verts), alias La Môme Vertdegris (MVG) :1,5%
- José Bové (Altermondialiste), alias Joseph Le Petit Père des Faucheurs (PPF) : 1,36%
- Frédéric Nihous (Chasse, pêche nature, traditions), alias Plouc Yabon Panpan (PYP) : 1,34%
- Gérard Schivardi ("candidat de maires", soutenu par le Parti des Travailleurs), alias Maire d’Alors (MdA) : 0,5%
Ces résultats connaîtront des modifications, mas il est d’ores et déjà acquis que les deux candidats qui s’affronteront au deuxième tour seront NIGN et CRS.
Plusieurs constatations s’imposent à chaud :
- Le taux de participation, de 85%, a été le plus élevé depuis très longtemps en France. La peur de voir se renouveler l’expérience du 21 avril 2002 et le matraquage intensif des électeurs ont joué contre les abstentionnistes.
- L’ensemble des candidats de gauche et d’extrême-gauche (ils étaient 7) font le score le plus bas de la gauche française depuis 1969 (environ 37%)
- Le grand vainqueur de ce premier tour, c’est TRT. Comme il l’a annoncé : « Ce soir, j’ai une bonne nouvelle : le centre existe en France, un centre large, un centre fort, un centre indépendant ». L’issue du deuxième tour (le 6 mai) est entre ses mains.
En effet, aussi bien NIGN que CRS ont besoin de plus de la moitié des voix centristes pour l’emporter. NIGN n’aura pas assez des voix des électeurs de BBB et de FdP et CRS n’aura pas assez des voix de tous les candidats d’extrême-gauche.
Le Tractoriste de Pau a donc le choix entre :
- donner une directive claire de vote à ses électeurs
- les laisser libres de leur choix
Dans le premier cas, soit il appelle à voter pour Nabotléon, lequel sera donc élu à la tête d’une majorité qu’il faudra qualifier de centre-droit, soit il appelle à voter pour Canine Royale, laquelle sera donc élue à la tête d’une majorité qu’il faudra qualifier de centre-gauche. Comment va-t-il négocier les 6 à 7 millions de voix qu’il a engrangé ? En réclamant un poste de Premier ministre et le changement du mode de scrutin aux élections législatives, en faveur d’un mode de scrutin proportionnel ?
S’il est malin, le Tractoriste béarnais appellera à voter Canine Royale, qui pourra donc trahir d’emblée les électeurs d’extrême-gauche et s’engager dans la voie impériale d’un social-libéralisme à la française, réclamé par les Rocard, Kouchner, Cohn-Bendit et autres anciens gauchistes devenus sociaux-libéraux bon teint. Bref le mondialisme capitaliste à visage humain. Dans son discours dimanche soir, CRS a , toujours avec cette nouvelle diction de robot qu’elle a du apprendre dans des cours accélérés et qui a été la sienne dans tous les spots télévisés de la campagne –« j’ar-ti-cu-le-bien-len-te-ment-pour-que-tout-tes-les-mamies de 85 ans-et-plus-me-com-pren-nent-bien », bref in-sup-por-tab-le-, proclamé son refus de jouer sur les peurs des gens et a promis « la paix civile et l’harmonie sociale », parlant une novlang digne de 1984.
En un mot, elle tente désormais de se donner le profil de Mère de la Nation, ce qui n’est pas facile dans un vieux pays patriarcal comme la France. Le tout assaisonné d’un message proprement surréaliste, adressé aux électeurs centristes : elle veut un « État impartial ». C’est pas beau ça ? Et surtout, ça ne veut strictement rien dire. Pas besoin de vous faire un dessin : un État impartial, ça existe dans un monde idéal ou dans une autre galaxie, peut-être, mais en tout cas pas sur la planète Terre.
En réponse, Nabotléon, en ce dimanche soir, semblait soudain être devenu adulte et s’est présenté comme LE candidat au rôle de Père de la Nation : « je veux vous protéger ».
Mais s’il est très malin, le Tractoriste jouera au grand seigneur laissera ses électeurs libres de leur choix. Cela lui permettait de jouer les divas et d’obliger le vainqueur ou la vainqueuse du 6 mai à le courtiser pour qu’il s’associe à son parti aux élections législatives, afin de créer une majorité présidentielle et parlementaire solide. Une majorité PS-UDF pourrait se passer des Verts et des communistes, devenus quantité électorale négligeable, et des altermondialistes, qui n’ont pas réussi leur percée électorale –leur candidat José Bové connaît un échec retentissant - et donner quelques sucettes aux trotskystes pour qu’ils jouent leur partition traditionnelle de « soutiens critiques » et continuent à exercer leur fonction de pompiers-canalyseurs des mouvements sociaux. En tout cas, selon les premiers sondages de sorties des urnes, 45% des électeurs du Tractoriste se disaient prêts à voter CRS et 16% étaient encore indécis.
On va donc assister à une campagne de deuxième tour où le loup et la louve qui s’affrontent vont faire patte de velours, pour rassurer les centristes indécis et les convaincre qu’ils les ont compris.
Dernier constat à chaud après ce premier tour : non, la France ne prend pas le chemin d’un bipartisme « à l’américaine », mais plutôt celui d’un nonapartisme +, avec deux gros partis (UMP et PS), deux partis moyens (FN et UDF), deux partis petits (Verts et PCF), deux partis minis (LCR et LO), un parti mini-mini (le PT), plus « le mouvement antlibéral altermondialiste », tenté de transformer sa nébuleuse en parti, ce qui serait une erreur tout aussi grave que la candidature de Bové à la présidentielle.
On pourrait bien sûr rêver et imaginer que CRS devienne la présidente d’une majorité très-plurielle rassemblant centristes issus de la démocratie-chrétienne, écolos, cocos, trotskos, altermondialos et autres rigolos. Mais la France n’est pas l’Italie et « combinazione » n’est pas un mot français. Chacun chez soi et les cochons seront bien gardés. Surtout si le chien de garde s’appellera, au soir du 6 mai, Nicolas Paul Stéphane Sarközy de Nagy-Bocsa, descendant d’Attila, fléau de Dieu.
Bonne semaine, quand même !
Que la Force de l’esprit soit avec vous !

lundi 16 avril 2007

N° 33 – Attentats du 11/4 à Alger : La fourmi de dix-huit mètres

Une fourmi de dix-huit mètres
avec un chapeau sur la tête
ça n'existe pas, ça n'existe pas
Une fourmi traînant un char
plein de pingouins et de canards
ça n'existe pas, ça n'existe pas
Une fourmi parlant français
parlant latin et javanais
ça n'existe pas, ça n'existe pas
eh ! et pourquoi pas !
Robert Desnos

« À l’occasion de leur fusion les entreprises GICM et GSPC, qui ont constitué ensemble la nouvelle joint venture AQMI, viennent de lancer une nouvelle gamme de produits, 11/4, qui s’inscrivent dans la tradition des produits lancés par leur maison-mère, comme le 11/9 , le11/3 et le 07/07. D’autres produits devraient suivre dès le mois de mai, sous les nom 11/5, 11/6 etc…. »
Voilà, traduit en termes de communiqué d’une agence de presse financière, le résumé des événements qui ont ensanglanté le Maghreb la semaine dernière, à Casablanca puis Alger puis à nouveau Casablanca.
À Casablanca, ce sont divers « kamikazes » qui se sont faits sauter avec des ceintures d’explosifs, du mardi 11 avril au samedi 14 avril. Ils n’ont presque pas fait d’autres victimes qu’eux-mêmes et il semble bien qu’ils aient des amateurs, des désespérés ou des manipulés ou sans doute les deux.
À Alger, les choses sont été plus sérieuses et la double opération du mercredi 11 avril porte indubitablement la marque c’un professionnalisme certain. Il s’en est fallu de peu que le gratin de l’État, réuni au palais du gouvernement, ne soit atteint par la voiture piégée contenant plusieurs centaines de kilos d’explosifs qui a explosé, faisant en tout 33 morts. Une autre voiture pigée a explosé presque au même moment devant le siège de la Police judiciaire à Bab-Ezzouar.
Presque simultanément, à Bagdad, un kamikaze faisait intrusion au siège du parlement et se faisait sauter, emportant quelques députés dans la mort.
L’opération d’Alger a été revendiquée par un nouveau label, « Al Qaïda au Maghreb islamique » (AQMI), qui serait le résultat de la fusion de deux ou trois groupes maghrébins, le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) et le Groupe islamique combattant marocain (GICM).Comment le sait-on ? Eh bien, tous les « experts » s’accordent à le dire, et tout cela est revendiqué sur des sites internet. Donc, c’est vrai.
Désolé de vous décevoir, mais je crois que AQMI, comme la fourmi de 18 mères du regretté Robert Desnos, ça n’existe pas !
Le terrorisme islamiste apparu en Algérie au début des années 1990 et mondialisé à partir du 11 septembre 2001 est le fruit de la rencontre entre des individus révoltés, désespérés, fanatisés, au parcours souvent chaotique, et des services de renseignement chargés de la « guerre spéciale » contre-insurrectionnelle, qui autorise toutes les perversités et tous les coups tordus.Les services de renseignement algériens, autrefois appelés la Sécurité militaire et aujourd’hui le DRS, ont été des pionniers créatifs, appliquant et développant les enseignements des services spéciaux français, qui avaient créé des faux maquis pendant la guerre d’indépendance algérienne avant d’aller enseigner leurs techniques de torture, d’infiltration e d’intoxication aux militaires sud-américains, qui les appliquèrent avec brio pendant toutes années 70 et 80.
Dès avant le 11 septembre 2001, mais surtout après, on a vu une convergence entre les services de renseignement algériens, syriens, égyptiens, jordaniens, marocains, tunisiens, et mauritaniens d’une part et américains, israéliens, britanniques, canadiens, australiens, allemands, italiens, espagnols et français d’autre part, qui a pris diverses formes, allant de l’échange de renseignement opérationnels aux échanges d’agents doubles, ou triples ou quadruples, sans oublier bien sûr les coups fourrés qu’on se fait entre amis. L’infiltration de réseaux terroristes a évidemment débouché sur la manipulation de ces réseaux et dans certains cas, le montage pur et simple d’opérations explosives et meurtrières.
Un certain nombre de ces agents doubles, triples ou quadruples ont disparu sans laisser de traces. Citons-en quelques-uns : Ali Touchent, le fameux responsable des attentats en France de 1995, Abderrazak El Para, le fameux chef du GSPC, remis par le Tchad à l’Algérie et condamné en son absence par un tribunal algérien, Haroon Rachid, l’Indien arrêté pour sa responsabilité dans les attentats du métro londonien le 7 juillet 2005 et disparu depuis sans laisser d’adresse.
Certains sont opportunément « morts en détention », comme le responsable marocain de l’attentat de Casablanca contre un restaurant, ou dans un bombardement réussi, comme le fantomatique Abou Moussab Al Zarqaoui en Irak.
Tous les « onze » (11 septembre, 11 mars, 11 avril) posent une foule incroyable de questions, à ce jour sans réponses.Théorie du complot ? Je délire ? Alors, réfléchissez à ceci :
Comment une voiture piégée peut-elle approcher si près du Palais du gouvernement d’Alger un jour de réunion plénière du gouvernement ?
Comment trois bombes peuvent-elles exploser dans le métro londonien le jour même où a lieu dans ce même métro une opération de test visant à éprouver les mesures de sécurité ?
Comment se fait-il que la plupart des suspects des attentats du 11 mars à Madrid étaient des trafiquants de drogue et des indicateurs de police et que la femme de l’un d’eux avait sur elle le numéro de téléphone personnel du chef des services de renseignement espagnols ?
Je pourrais continuer à dévider les questions à cent Euro mais je préfère arrêter là pour parler un instant de politique.La question usuelle es celle-ci, encore et toujours : Cui Bono ? À qui profite le crime ?
Dans tous les cas, aux régimes en place et à leurs polices, qui prospèrent de plus belle depuis le 11 septembre, se retrouvant dotées de budgets, d’équipements, de prérogatives toujours plus importants.
Dans le cas des attentats de Casablanca et d’Alger des 10 et 11/4, ils interviennent à quelques jours de l’élection présidentielle française, à un mois des élections législatives algériennes (le 17 mai) et à quelques mois des élections législatives marocaines (juillet ou septembre).
En France, ces attentats sont du pain bénit pour un seul candidat : Sarkozy.
En Algérie, le DRS et le quarteron de généraux qui constituent le pouvoir de l’ombre ne craignent qu’une chose : que Boutelika, amoindri par son cancer, ne sacrifie certains d’entre eux, parmi les plus compromis dans la guerre sale des années 90 sur l’autel de la « respectabilité démocratique » pour faire plaisir à ses nouveaux amis de Washington.
Au Maroc, il s’agit pour les services royaux d’enrayer la réislamisation de la société, qui risque bien se traduire par un raz-de-marée électoral en faveur des « islamistes modérés » du PJD, balayant la gauche makhzénienne.
Et derrière tous ces théâtres de marionnettes locaux, se profile l’ombre du grand frère et grand tireur de ficelles, j’ai nommé le grand frère de Washington (siège du Pentagone), Langley, Virginie (siège de la CIA) et Stuttgart, Allemagne (siège d’AFRICOM, le nouveau commandement Afrique de l’armée US, lancé le 7 février dernier). Avec AFRICOM, les USA sont en train d'achever leur verrouillage du contrôle militaire de toute la planète. Rien de tel que quelques bons attentats pour convaincre le Congrès et le Sénat de voter les budgets pour alimenter ces machines voraces et leurs sous-traitants privés.
Qu’on me comprenne bien : je ne crois pas que les attentats de New York, Madrid, Casablanca ou Alger aient été décidés lors de réunions de conseils de ministres. Je ne crois pas non plus qu’ils aient été ouvertement ordonnés par des chefs quelconques se services secrets. Les complots de l’ère moderne sont beaucoup plus compliqués et sophistiqués que cela. Tout est dans les non-dits, que l’on laisse le soin aux subalternes d’interpréter dans le bon sens. Entre dire « continuez à surveiller ces gens-là », «n’intervenez pas pour arrêter cet attentat » et « donnez donc un petit coup de pouce pour que l’attentat ait lieu avant telle date », les frontières sont floues et les hommes de l’ombre ont toute latitude pour agir au mieux des intérêts du pays », c’est-à-dire des régimes en place et des clans contrôlant les services. Régimes et clans de copains, de coquins, et d'assassins.
Bonne semaine, quand même !
Que la Force de l’esprit soit avec vous !

lundi 9 avril 2007

N° 32 – « Blood, cash and lies » : une devise pour Tony Bliar, Roi des menteurs, Premier ministre du Royaume Voyou


« I have nothing to offer but blood, toil, tears, and sweat… » - Je n'ai à offrir que du sang, de la peine, des larmes et de la sueur…
Cette phrase célèbre, empruntée au poète John Donne, fut prononcée par Winston Churchill, qui venait d’être nommé Premier ministre, devant le Parlement britannique, le 13 mai 1940, trois jours après l'invasion de la France par Hitler.
Paraphrasant le gros Winston, Tony Bliar (Liar = menteur) pourrait dire à ses administrés et à ses soldats : « I have nothing to offer but blood, cash and lies »
Le sang, c’est celui de soldats de Sa Majesté qui meurent ou sont blessés en Irak et en Afghanistan, dans une guerre qui n’est pas la leur. Une guerre qui fait de plus en plus grincer les dents dans les rangs, notamment dans les bataillons écossais.
Le cash, ce sont le sommes astronomiques versées par les tabloïds aux « héros » du HMS Cornwall, les marins britanniques qui ont passé treize petites journées comme prisonniers de luxe de l’Iran, pour qu’ils racontent leurs sornettes. La fameuse Faye Turney semble avoir battu les records en vendant son histoire au Sun et à ITV pour 100 000 Livres (= 150 000 €)
Les mensonges, ce sont les innombrables actes de traîtrise commis par Tony Bliar depuis qu’il est Premier ministre. Citons-en quelques-uns, juste pour rafraîchir les mémoires :
- le fameux discours à la Chambre des Communes où Tony Bliar prétendit que l’Irak disposait d’une capacité de riposte – en cas d’attaque - par des armes de destruction massive en… 45 minutes. Un mensonge tiré d’une thèse de doctorat d’un obscur Irakien, qui mit Tony Bliar sur le premier rang des Gros menteurs, à côté du malheureux Colin Powell, auteur d’un non moins célèbre discours de menterie devant les Nations unies sur les introuvables « armes de destruction massive » de l’Irak.- la remise de « présumés terroristes » algériens au régime algérien, qui s’est empressé de les emprisonner et de les faire torture. Ces « présumés » avaient au préalable étaient emprisonnés et soumis à la torture blanche pendant presque cinq ans, sans inculpation. Le gouvernement de Tony Bliar a concocté un « accord » avec le régime algérien, par lequel celui-ci s’engageait à mi-mot à ne pas les torturer. On savait ce que vaut la parole d’un général algérien. Celle d’un Premier ministre britannique ne vaut désormais guère plus.
- La livraison par le MI5 de deux réfugiés, l’Irakien Bisher Al Rawi et le Jordanien Jamil El Banna, à la CIA, en 2002. Les deux hommes furent cueillis à leur arrivée à l’aéroport de Banjul, en Gambie, où ils venaient pour affaires, sur dénonciation des services secrets de Sa Majesté, et ont été emprisonnés à Guantanamo. Bisher Al Rawi vient d’en sortir après quatre ans et demi, Jamil El Banna est toujours détenu.
- L’étrange disparition de Haroon Rachid, un Indien accusé d’avoir organisé les attentats du 7 juillet 2005 dans le métro de Londres. Cet homme, recherché par le FBI depuis des années, avait pu se déplacer librement entre l’Angleterre, les États-Unis, l’Afrique du Sud, la Zambie et le Pakistan, pour une simple raison : il était un agent du MI5, chargé de recruter des « jihadistes » à partir de la mosquée de Finsbury Park, où il faisait équipe avec deux autres personnages pittoresques, Abou Hamza El Masry, l’ « imam-crochet » égyptien, et Omar Bacri, le « spécialiste » syrien. Haroon Rachid, arrêté en Zambie quelques semaines après le 7 juillet, est livré à la Grande-Bretagne, mis en prison jusqu’à la mi-août puis disparaît dans la nature. Impossible de savoir où il se trouve aujourd’hui. Sans aucun doute, le MI5 l’a doté d’une nouvelle identité et lui a offert une « nouvelle vie » quelque part dans le monde. Comme il avait offert de le faire à Jamil El Banna en octobre 2002, en lui demandant d’espionner des « islamistes » pour le compte des services, ce que l’homme avait refusé. Résultat : un aller simple pour Guantanamo.
On pourrait allonger indéfiniment cette liste noire.
Tony Bliar est bien le digne successeur de Winston Churchill, auquel il n’arrive cependant qu’à la cheville. Winston, lui, au moins, s’était battu physiquement pour la défense de son Empire, de la Birmanie au Soudan, en passant par l’Afrique du Sud et la France. Et les quelques dizaines de morts britanniques des guerres actuelles d’Afghanistan et d’Irak sont peu de choses –somme toute faite – à côté des 144 000 morts et blessés de la catastrophique Expédition des Dardanelles organisée par Churchill en 1915. Tony Bliar, lui, envoie les « boys & girls » au casse-pipe et reste bien au chaud à Downing Street.
Il y a un point commun entre Winston et Tony : ils ont tous les deux organisé et couvert des crimes de guerre, commis pratiquement aux mêmes endroits à 90 ans de distance. En effet, en 1915, Churchill ordonna des bombardements avec des armes chimiques contre les populations civiles de l’Irak que l’Empire tenait de reconquérir, se heurtant à une résistance irakienne, tout aussi farouche alors qu’aujourd’hui.
Le mensonge est devenu la règle pour les soldats de son arrogante Majesté. Ainsi l’affaire des marins du HMS Cornwall, dont l’un, le capitaine Chris Air, a dit noir avant sa capture et blanc après. Avant : dans une interview à Sky News, il reconnaît ouvertement que sa mission et celle de ses camardes est d’espionner – « to gather intelligence », recueillir des renseignements. Après : dans une déclaration dictée par le ministère de la Défense, il affirme avoir été intercepté par les Iraniens au cours d’une « opération de routine dans le cadre d’une mission sous mandat de l’ONU ».
Il est bien fini le temps où la flotte de Sa Très Arrogante Majesté cinglait les océans pour assurer la « libre circulation » des navire transportant dans un sens les matières premières pillées aux colonies de l’Empire sur lequel le soleil ne se couchait jamais, et dans l’autre sens, les produits manufacturés que les colonisés avaient l’obligation d’acheter. L’homme qui s’était levé contre cette injustice planétaire, le Mahatma Gandhi avait été traité par Churchill de « fakir à demi-nu ». Et lorsque les Britanniques avaient emprisonné Gandhi en 1943, le gros Winston avait donné un ordre clair : « s’il fait une grève de la faim, laissez-le mourir ». Mais Gandhi avait au moins autant d’humour que le fumeur de cigare. Un journaliste britannique lui demandait à sa descente d’avion à Londres quelques années plus tard : «Que pensez-vous de la civilisation britannique ?» Gandhi : « C’est une bonne idée ».

Churchill s’est refait une virginité et est entré dans l’histoire comme un héros grâce à sa capacité d’organiser la résistance britannique à Hitler.

Bliar entrera dans (les poubelles de) l’histoire comme le Roi des menteurs et le Premier ministre d’un « Rogue Kingdom », un Royaume voyou.

Winston a été fait Chevalier de l’Ordre de la Jarretière en 1953. Cet ordre de chevalerie fondé par Édouard III, le sanguinaire occupant de la France, qui déclencha la Guerre de Cent Ans (qui en dura 116), a pour devise « Honni soit qui mal y pense ». Tony Bliar ne fait toujours pas partie de ses 1000 membres et ne risque pas de le devenir.

lundi 2 avril 2007

N°31 - Le crocodile n’est fort que dans l’eau


Cette semaine, je cède la parole à Akam Akamayong, qui commente ce proverbe africain : "Le crocodile n’est fort que dans l’eau".
Le proverbe [pan]africain - source inconnue mais très répandu en Afrique - met en avant un principe inhérent à nombre de représentations africaines du monde, le principe selon lequel le vivant serait ontologiquement frappé d’une limite, limite qui elle-même appelle à une instrumentalisation stratégique.

Toute chose, tout être, toute manifestation, toute cause admet une limite. A commencer par la force, la puissance. L’image du crocodile, considéré comme redoutable si ce n’est invincible dans l’eau, donne hors de l’eau le spectacle décevant d’une forme disgracieuse se traînant lamentablement par terre, la démarche lourde et poussive.
Le contraste entre force d’un côté et faiblesse de l’autre dans le même phénomène, le même animal est très parlant. Toute force est relative, d’abord à son environnement qui la conditionne. Naturellement en parlant du crocodile, c’est des humains qu’il s’agit, de leurs puissances, performances, résultats, issues sociales, tous in fine relatifs …

La conséquence qui se dégage de cette énonciation est éminemment stratégique, s’appliquant à tous les champs des activités humaines sanctionnés par des performances comparatives. Cela peut aller de la guerre à la concurrence économique, politique, mais il pourrait bien s’agir de développement personnel, collectif en interaction avec un milieu disputé…

Même la plus grande puissance au monde a ses points faibles, mais elle a d’abord son eau dans laquelle elle sera imbattable, comme les attaques américaines aériennes, de nuit, perpétrées par des aviations entraînées et à la supériorité technique avérée. A l’opposé des combats au sol, à la merci d’attaques individuelles ciblées et inopinées, guérillas urbaines…
Une déclinaison du proverbe pourrait revenir à la règle de ne jamais attaquer un ennemi sur le terrain de celui-ci, règle que Sun Tse ne renierait pas, lui le célèbre auteur du livre culte écrit vers le Vème siècle avant Jésus-Christ, L’Art de la guerre.

D’un point de vue économique, il y a des limites à la compétitivité et pour remporter une partie, un marché, des exportations, etc., il faudrait ne pas se battre sur le terrain d’excellence du concurrent. Chacun aura sa place pour peu qu’il se positionne sur son point fort. On entrevoit ici des stratégies de différenciation des produits permettant aux entreprises d’échapper à la captation des grandes entreprises, utilisant les prix, les design, les promotions, l’image, l’éthique, pour sortir du domaine de captation du concurrent.

Il existe donc toujours un domaine où l’on peut gagner puisque même le plus fort à ses limites, ses vulnérabilités. Connaître les points faibles du concurrent fait ainsi partie de la compétition, autant que connaître ses propres points forts et points faibles. Connaître tout court fait partie de la compétition et est une arme indispensable à la victoire.

Si des pays comme Taiwan, Singapour, la Corée du Nord ou la Chine ont raflé des parts de marché aux plus grands, c’est parce qu’ils ont découvert les points faibles, les créneaux par lesquels ils pouvaient émerger. Ciblant d’abord des produits peu technologiques sur lesquels ils étaient avantagés, ils ont développés des stratégies de prix impossibles pour les pays développés…sortis ainsi de leurs eaux.

Dans le domaine des arts et de la musique, les 1er Gaou, Yekeke, Ancien combattant, hits africains ayant conquis le show biz européen auront mieux fait que de s’essayer à imiter la variété européenne, ils n’ont pas suivi le reptile sur son territoire.
Si le crocodile n’est fort que dans l’eau, alors il ne l’est plus dans le sable ; s’il était attaquable ce serait bien dans ces terres, ces sables qui ne l’avantagent guère. Les pays occidentaux maîtrisent les échanges de biens technologiques et à forte valeur ajoutée. Les NPI (nouveaux pays industrialisés) se sont d’abords spécialisés dans les biens à faible valeur ajoutée avant de diversifier la structure de leurs produits exportés.
L’art de la guerre c’est, en amont, découvrir les faiblesses de l’adversaire et en aval l’entraîner à combattre hors de son terrain. Chaque chose ayant sa limite bien sûr !
Source :
http://www.afrikara.com/index.php?page=contenu&art=1455&PHPSESSID=ccfa4649d04dad32a84095d271aa5bd2
Bonne semaine, quand même !
Que la Force de l’esprit soit avec vous !

lundi 26 mars 2007

N° 30 – Birao, ville fantôme : un crime de guerre français en pleine campagne électorale


Les rebelles ont pris Birao…mais le 3ème RIMA les a dégagés fissa !

Un bon petit crime de guerre au cœur du Continent noir, rien de tel pour corser une bonne campagne électorale ! Mais hélas, le silence radio total qui a accompagné et suivi la dernière opération spéciale des braves pioupious du 3ème RPIMA (Régiment de parachutistes d’infanterie de marine) basés dans la bonne ville de Carcassonne, est bien au diapason du caractère obscène de la campagne électorale pour la présidentielle française, où les deux principaux candidats font dans la surenchère nationalo-identitaire, pour la plus grande joie du Borgne bâtard breton.
Donc, c’est dit : il n’y aura pas de scandale Birao pour venir entacher cette joyeuse campagne. Silence ! Secret défense ! Accords secrets de défense ! Domaine réservé de la Présidence ! Circulez, il n’y a rien à voir, rien à dire ! Touchez pas au grisbi !
Et pourtant, il y aurait de quoi dire. De quoi s’agit-il ? Je vais vous le conter brièvement.
La République centrafricaine – capitale Bangui – est sous la botte d’un général, François Bozizé, venu au pouvoir avec l’aide française par un coup d’État il y a quatre ans. Depuis que le Centrafrique existe (1960) – auparavant, ce pays s’appelait l’Oubangui-Chari et faisait partie de l’Afrique équatoriale française, et les historiens s’accordent à dire que ce fut le pays où la colonisation fut la plus cruelle -, tous les présidents qui s’y sont succédés ont été mis en place ou dégommés par la France. À commencer par David Dacko, qui prit la place en 1960 de Barthélémy Boganda, père fondateur de la nation centrafricaine, opportunément mort dans l’explosion , inexpliquée à ce jour, de son avion le 29 mars 1959. Pour continuer avec Jean-Bedel Bokassa, mis en place par Foccart et dégommé par Giscard en 1979, au cours de la rocambolesque opération « Barracuda », où VGE fit preuve de tout sauf de gratitude, pour les fameux diamants offerts par l’Empereur. Re-Dacko, renversé par Kolingba en 1981. En 1993, miracle, Ange-Félix Patassé parvient au pouvoir par des élections et non par un coup d’État, fait trop rare pour être signalé. Réélu dans la contestation en 1999, victime de diverses tentatives de putsch, Patassé est finalement renversé le 15 mars 2003 par le général Bozizé, ancien chef d’État-major, appuyé par l’armée française et par son compère Idriss Déby, satrape du Tchad voisin, lui-même venu au pouvoir par les armes et par la France.
La République centrafricaine est un pays riche dont les habitants sont pauvres : ses richesses –diamants, uranium, or et bois tropicaux - y sont honteusement exploitées par des prédateurs. Elle est de plus située stratégiquement entre le Soudan , le Tchad et les deux Congo. Le petit père Bozizé vient de se faire délivrer par le Parlement à ses ordres la possibilité d’édicter des lois par ordonnances, ce qui lui permet de faire ce qu’il veut avec les richesses de « son » pays.
Les Centrafricains ne sont donc pas contents, mais pas du tout, et on les comprend. Et certains d’entre eux ont pris les armes. On peut aussi les comprendre.
Birao est le chef-lieu de la préfecture de Vakaga, dans l’extrême-nord du pays. Sa population est passée en deux ans de 22 000 à 14 000, pour descendre aujourd’hui à 600. La raison en est simple : au moins 70% des maisons de Birao ont brûlé. Accident ? Oh que non ! Ce sont des soldats qui ont mis le feu aux maisons, entre le 4 mars et aujourd’hui. Quels soldats ? Eh bien ! C’est là que les avis divergent : les uns prétendent que ce sont les forces armées de Bozizé, les autres que ce sont les rebelles de l’UDFR (Union des forces démocratiques pour le Rassemblement), qui avaient pris le contrôle de la ville avant d’en être délogés à coups d’obus et de roquettes. L’ONU, qui a envoyé deux missions sur place, constate les dégâts, mais ne prend pas position sur l’identité des criminels. L’UDFR dément avec virulence ces accusations et dit que sont les soldats de Bozizé et leurs protecteurs de l’armée française, qui avaient permis aux troupes « loyalistes » de reprendre le contrôle de la ville et de son aéroport, par une opération double le 4 mars : bombardements des rebelles par des Mirage F1 venus du Tchad et opérations au sol menées par les vaillants paras du 3ème RPIMA.
L’opération du mois de mars a été la première opération aéroportée de l’armée française en Afrique depuis le fameux saut sur Kolwezi (au Congo, alors Zaïre) en 1978.Actuellement, on dénombre quelque 280 000 déplacés, dont 212 000 à l’interieur du pays, 20 000 au Cameroun et 50 000 au Tchad. Au total, un million de personnes, soit le quart de la population du pays, ont été affectées par l’insécurité générale qui règne dans le nord du pays.
L’armée française s’est rendue coupable et complice de crimes de guerre. La Cour pénale internationale devrait ouvrir ce dossier. Le parlement français devrait ouvrir une enquête. L’Union européenne devrait ouvrir sa gueule.
Oh pardon, excusez-moi ! J’’étais encore en train de rêver à haute voix.
La Cour pénale internationale ? Elle ne voit de criminels de guerre qu’au Soudan, chez les méchants « milicens Janjawid ».
Le parlement français ? Il n’a jamais osé s’en prendre à la politique africaine de l’Élysée, domaine réservé et sensible.
L’Union européenne ? Louis Michel, le gros Belge qui est son commissaire au développement et à l'action humanitaire, était justement à Bangui les 7 et 8 mars et il l’a dit « tout va très bien, madame la Marquise ». Il a salué la « volonté d'ouverture et de dialogue» du président Bozizé, « légitimé par les élections démocratiques » de 2005. mais surtout il a annoncé le déversement d’une manne financière sur Bozizé : 68,5 millions d’Euro + 109 millions pour le bitumage des routes et les programmes de « gouvernance », + 2 petits millions pour l’Assemblé nationale + 1 petit million et demi pour financer le « Conseil de la médiation ».
Et Gros-Louis s'est engagé « personnellement » pour « propulser la République Centrafricaine dans une percée politique, économique et sociale » attendue depuis longtemps par la population…
Pendant ce temps, rapportent des petits curieux, des centaines de tonnes d’armes achetées (avec quel argent ?) par Bozizé en Afrique du Sud, affluent à Bangui. Vous avez dit « ouverture et dialogue » ?
Bonne semaine, quand même !
Que la Force de l’esprit soit avec vous !

lundi 19 mars 2007

N° 29 – La Bande des Douze se lance dans le Grand Jeu-Concours : « Qui lave plus blanc ? »

La liste officielle des candidats à l'Élysée a été dévoilée lundi 19 mars à 17h30 par le président du Conseil constitutionnel, Jean-Louis Debré. La candidature de José Bové, qui craignait de ne pas avoir rassemblé les 500 parrainages nécessaires, a été validée.
Il y a donc finalement douze candidats officiels. Sont donc en lice:
- François Bayrou (UDF), alias Le Tractoriste Rammasse-tout (TRT)
- Olivier Besancenot (Ligue Communiste Révolutionnaire), alias Le Petit Facteur de Léon (PFL)
- José Bové (Altermondialiste), alias Joseph Le Petit Père des Faucheurs (PPF)
- Marie-George Buffet (PCF), alias Blues Georgina Tyrannosaura (BGT)
- Arlette Laguiller (Lutte Ouvrière), alias Camarade Rétro Travayeuzétravailleurs (CRT)
- Jean-Marie Le Pen (Front national), alias le BBB (Bâtard Borgne Breton)
- Frédéric Nihous (Chasse, pêche nature, traditions), alias Plouc Yabon Panpan (PYP)
- Ségolène Royal (PS), alias Canine Royale Suprême (CRS)
- Nicolas Sarkozy (UMP), alias Nabotléon Identité Génétique Nationale (NIGN)
- Gérard Schivardi ("candidat des maires", soutenu par le Parti des Travailleurs), alias Maire d’Alors (MdA)
- Philippe de Villiers (Mouvement pour la France), alias Le Fou du Puits (FdP)
- Dominique Voynet (Verts), alias La Môme Vertdegris (MVG).
Si j’étais vous, chers électeurs de France et de Navarre, je commencerais à prendre des dispositions pour m’expatrier vers le 7 mai 2007. Vous avez le choix entre :
- le Venezuela
- la Bolivie
- l’Équateur
- Cuba- l’Iran
- la Corée du Nord.
Tous ces pays ont besoin de vos compétences et n’ont pas de ministères de l’immigration et de l’Industrie nationale.Ma boule de cristal donne en effet NIGN gagnant à 80% le 6 mai 2007. Mon raisonnement est simple : au premier tour les votes conjugués en faveur de TRT, PPF, MVG, PFL et CRT enlèveront à CRS environ 20% des voix. Elle sera donc exclue du 2ème tour, au profit de NIGN et de BBB. Les seuls qui pourraient changer la donne, ce serait les 40% d’abstentionnistes prévisibles. Mais il faudrait un véritable miracle pour qu’ils surmontent leur dégoût et trouvent le chemin des urnes.
Bref, le spectacle continue !
Et pour départager la meilleure marque de lessive, je vous recommande d’appliquer le principe de précaution et d’étudier les tests réalisés par l’Union Française des Consommateurs, qui analyse les rapports qualité-prix, les effets sur l’environnement etc.
À moins bien sûr que vous ne préfériez aux produits de supermarché ceux qui ne coûtent rien, ne dévastent rien et lavent très bien : la cendre de votre cheminée.


Et pour conclure, je dédie le joli dessin ci-dessous à tous ceux d’entre vous qui, saisis par la folie ambiante, se sont pris soudainement d’amour pour le Tractoriste ramasse-tout du Béarn, auquel s’applique parfaitement cette petite phrase du défunt Tonton-le-machiavélique : « «Le centre n'est ni à gauche ni à gauche»…




Médaille soviétique au tractoriste méritant, 2ème Guerre mondiale. En vente sur Internet pour 19,95 $...


Bonne semaine, quand même !
Que la Force de l’esprit soit avec vous !


lundi 12 mars 2007

N° 28 – Ce que le nabot te prépare, cher peuple de France

Maintenant qu’on a installé une parabole près de mon marigot, je peux enfin suivre en direct la campagne électorale française. J’ai donc pu me farcir l’intégralité de l’émission « À vous de juger » d’Arlette Chabot, sur France2, jeudi soir 8 mars, dont l’invité était Nicolas Sarközy de Nagy Bocsa, alias Nabotléon. Je dois vous avouer que j’ai eu du mal à me remettre du choc produit sur moi par cette émission. Je me suis dit pendant quatre jours : « Mais enfin, ce n’est pas possible qu’un tel personnage devienne président de la République française ou alors, cela voudra dire que la France n’est plus ce qu’elle était et tente encore péniblement d’être. »
Le dimanche précédent, invitée à l’émission préférée de Chirac, « Vivement Dimanche », du sarkozyen Michel Drucker, la chanteuse Lio expliquait son admiration sans bornes pour Mikhaïl Gorbatchev lequel, après la fin de sa carrière politique, s’était mis à jouer dans des publicités. À la question « Et Ségolène, vous la verriez dans quelle pub ? », Lio répondait : « Une pub pour les sous-vêtements Damar. » « Et Sarkozy ? » Hésitation, puis Lio : « Une pub pour des vélos. »
C’état assez bien vu : entre les nombreux personnages que Nabotléon évoque, il y a celui du cycliste du tour de France. Mais alors, du cycliste dopé à mort. Non, je crois que les seules pubs dans lesquelles Sarkoléon pourrait donner toute sa mesure, ce serait celles pour le Valium ou le Prozac.
Petit Nicolas est un angoissé, un anxieux, un complexé, un homme qui fait peur parce qu’il a peur lui-même. Il a un terrible complexe d’infériorité : à cause de ses origines –fils d’immigré -, à cause de sa petite taille, à cause de son intelligence très moyenne, à cause de son bagage culturel plutôt léger , en tout cas comparé à Chirac ou Mitterrand.La raison présente de son angoisse, c’est qu’il a tué le Père – Chirac, qu’il a trahi pour Balladur – et que, désormais, il doit prendre sa place. Et il sait qu’il n’a pas la carrure nécessaire pour exercer de telles fonctions. Alors, il compense comme il peut. Mais chaque fois qu’il répond à une question, il est en position de défense, comme s’il avait peur en permanence d’être pris en défaut. Sarkoléon est un battant mais pas un combattant. Il n’a aucune idée politique. Il n’a aucune vision. Il n’a aucun corpus idéologique bien déterminé –un point commun avec Chirac, qui s’est promené toute sa vie entre le radical-socalisme et le gaullisme -, il n’a que…sa police.
En effet, la France vit actuellement une situation unique dans son histoire : elle court le risque de se retrouver au soir du 6 mai 2007 transformée en République du Sarközyland, avec comme Président un ministre de l’Intérieur qui aura mis l’ensemble de la police du pays à son service pour la campagne électorale. C’est quelque chose de proprement stupéfiant. La décence aurait voulu que Nabotléon démissionne de poste de ministre de l’Intérieur pour éviter le mélange des genres. Mais là, ce n’est plus de mélange qu’il s’agit, mais de fusion !
Qu’a donc apporté l’émission d’Arlette Chabot ? On a compris que Sarko président conserverait comme ministres Borloo et Aillot-Marie et qu’il prendrait sans doute François Fillon comme Premier ministre. De toute façon, Sarko étant un dictateur du détail, qui veut s’occuper de tout, son Premier ministre n’aura pas beaucoup de poids et aucune autonomie Va-t-il adouber Nicolas Hulot comme vice-Premier ministre chargé du développement durable ? On n’en a pas parlé, mais ça ne m’étonnerait pas. En tout cas, il ne veut pas avoir trop de ministres, 15 au maximum et de toute façon, il va changer tout ça, il va redessiner les ministères, pour rendre son « équipe A » performante. Bref, son gouvernement ne ressemblera pas du tout au gouvernement italien avec ses 109 ministres, auquel Sarko a fait allusion pour attaquer François Bayrou et sa proposition de grande union de la gauche et de la droite, que Sarko trouve d’un ridicule achevé. Lui il est de droite et son ennemi, c’est la gauche. Point barre. Et s’il pouvait, il se passerait même de ministres, pour tout faire lui-même. Bref, un véritable fou furieux.
La seule véritable révélation de la soirée a été l’annonce par Nabotléon qu’il créerait un « ministère de l’immigration nationale et de l’identité nationale » -je cite textuellement -, faisant un lapsus au passage, sous le coup de l’émotion. Un ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale ? Cé kwassa ? Pourquoi pas carrément un ministère de la Préférence nationale ? De quoi va s’occuper ce ministère ? De délivrer des certificats d’identité nationale aux uns et des avis d’’exclusion et d’expulsion aux autres, les indésirables ? D’accorder des autorisations d’importer des contingents de main d’œuvre choisie pour des périodes limitées dans le temps à des entreprises qui en feront la demande ? Qui serait en charge d’un tel ministère ? Arno Klarsfeld, le garde-frontières israélien ? En tout cas, l’idée du ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale a été soufflée au nabot par le duo de compères Pascal Bruckner-Alain Finkielkraut, que je verrais bien en commissaires aux Affaires musulmanes et nègres dans ledit ministère. Avec Robert Redeker et Claude Lanzman comme conseillers spéciaux et Roger Cukierman comme Gand Contrôleur. Cukierman qui, au cas où Sarko serait élu, pourrait carrément rebaptiser son CRIF Conseil représentatif des Institutions Françaises. Le Président Sarközy, outre qu’il essaierait d’entraîner la France dans les prochaines aventures guerrières de l’Empire yankee, à commencer par une guerre contre l’Iran, ne ferait que continuer la politique qui a été la sienne comme ministre de l’Intérieur. Une politique dont les emblèmes sont :
Le Kärcher pour nettoyer les banlieues des nouvelles classes dangereuses
Le Taser (le pistolet paralysant en dotation de la police)
Les caméras-vidéos partout
Le coton-tige (le bâtonnet utilisé pour prélever la salive des gens dont l’ADN est inscrit au fichier génétique et qui se retrouvent devant la justice en cas de refus)
La prévention précoce de la délinquance juvénile (dès l’âge de trois ans)
Les charters d’indésirables.
Bref, des pays lointains comme le Venezuela et l’Iran doivent s’attendre à accueillir d’ici quelques mois des demandeurs d’asile en provenance du Sarközyland. Si toutefois, Nabotléon est élu. Ce qui, pour l’heure, n’est pas sûr. Touchons du bois.

Bonne semaine, quand même !
Que la Force de l’esprit soit avec vous !

lundi 5 mars 2007

N° 27 – Femmes violées, femmes combattantes, femmes condamnées : salut à vous !

Depuis quelques jours, il y a de l’agitation dans mon marigot : les jeunes femelles caïmanes de la tribu s’agitent dans tous les sens et semblent être en train de comploter. J’ai finalement compris : elles préparaient le 8 mars, Journée internationale des femmes ! Je leur ai donc demandé si elles connaissaient l’origine de cette journée. Elles m’ont répondu que non. Je leur ai donc donné un petit cours. Clara Zetkin (à gauche) et Rosa Luxembourg à Copenhague en 1910

La journée internationale a son origine dans le mouvement socialiste du début du siècle : c’est la socialiste allemande et future communiste Clara Eissner Zetkin qui l’a proposée en 1910 à la Conférence internationale des femmes socialistes de Copenhague. Dès 1911, des femmes manifestent ou même se mettent en grève ce jour-là à travers l’Europe. Le 8 mars 1917, les ouvrières de Saint Pétersbourg, se mettent en grève. Les deux revendications principales des femmes dans ces années-là étaient le droit de vote et l’amélioration des conditions de travail et de vie. En Union soviétique et dans le bloc de l’Est après 11945, le 8 mars était l’occasion de défilés pompeux et de grands discours, pas toujours suivis d’effets. J’ai souvenir d’une photo qui m’avait beaucoup frappé dans les années 80, celle de Jaruzelski, le sinistre général polonais aux lunettes noires, faisant le baise-main à une ouvrière le 8 mars. En 1977, l’ONU a repris à son compte le 8 mars, qui est devenu une fête officielle dans la France mitterrandienne dès 1982.
Cette année, je crois que les femmes – et les hommes aussi, d’ailleurs - devraient sinon manifester du moins avoir une pensée pour les femmes martyres et combattantes d’Irak. Je pense particulièrement à cinq d’entre elles, dont je vais vous parler.
La première n’est plus en vie. Elle avait 14 ans. Elle s’appelait Abir Kassem Hamza Al Janabi. Et c’était une « femme voilée, femme violée » mais pas au sens où l’entend Mme Ségolène Royale. Ce n’est pas un musulman qui l’a violée mais un groupe de 5 GI, défenseurs de la démocratie, à Mahmoudiya. Membres de la 101ème division aéroportée, Paul Cortez, Steven Green, James Barker, Jesse Spielman et Bryan Howard l’ont violée puis exécutée d’une balle dans l’œil avant de tenter de mettre le feu à son corps. Auparavant, pour pouvoir mettre tranquillement à exécution le plan qu’ils avaient prémédité, ils avaient assassiné le père, la mère et la petite sœur de six ans d’Abir. Cortez vient d’être condamné à 100 ans de prison par un tribunal militaire. Auparavant, Barker avait été condamné à la prison à perpétuité. Les procès des 3 autres devraient suivre. Cortez a échappé à la peine capitale car il avait négocié avec le procureur et avait plaidé coupable. Il devrait ressortir de prison dans une dizaine d’années. Il n’aura que 34 ans, encore donc toute une vie devant lui pour finir d’expier son crime.Cette affaire n’a rien d’exceptionnel dans l’Irak occupé et livré à la soldatesque. La répétition de ce genre d’ « incidents » donne toute sa légitimité à la résistance irakienne, qualifiée bien sûr de terroriste par les occupants et les médias à leur solde.
Et cette résistance n’est pas le seul fait des hommes. Les femmes y sont aussi engagées, et pas seulement pour assurer des tâches traditionnelles. Pour dissuader les femmes irakiennes d’entrer en résistance, les occupants ont donc voulu frapper un grand coup et faire un exemple, en faisant condamner à mortpar un tribunal à leur solde quatre femmes. Voici ce qu’en dit Amnesty International.
Samar Saad Abdullah a été condamnée à mort par la Cour pénale centrale irakienne le 15 août 2005, pour le meurtre de son oncle, de sa femme et de trois de leurs enfants, dans le quartier d’al Khudra à Bagdad. D’après certaines sources, elle aurait accusé son fiancé de ces homicides, qu’il aurait perpétrés, selon elle, dans l’intention de dépouiller son oncle. Cet homme aurait été arrêté, mais Amnesty International ignore la nature des charges retenues contre lui, le cas échéant. La condamnation de Samar Saad Abdullah a été confirmée en appel et la jeune femme risque d’être exécutée très prochainement.
Dans le cadre d’un autre procès, Wassan Talib et Zeynab Fadhil ont été condamnées à mort par la Cour pénale centrale irakienne le 31 août 2006, pour le meurtre, en 2005, de plusieurs membres des forces de sécurité irakiennes à Hay al Furat, un quartier de Bagdad. Ces deux femmes nient leur implication dans ces homicides, et Zeynab Fadhil aurait affirmé qu’elle se trouvait à l’étranger au moment où ils ont été perpétrés.
Liqa Qamar a été condamnée à la peine capitale le 6 février 2006 par la Cour pénale centrale irakienne, pour un kidnapping qui aurait eu lieu en 2005. Il semblerait que son époux ait été arrêté et accusé du même crime. Aucune information supplémentaire n’est parvenue à la connaissance d’Amnesty International. Ces quatre femmes sont détenues dans la prison de Kadhimiya, un quartier de la capitale. Deux d’entre elles sont emprisonnées avec un enfant en bas âge : Zeynab Fadhil avec sa fillette de trois ans, et Liqa Qamar avec sa fille âgée d’un an, qui est née en prison.
Une campagne a démarré en faveur des condamnées à mort irakiennes. Lancée depuis Bruxelles par le Brusselstribunal elle a été relayée en France par plusieurs groupes et sites web (lemondereel, europalestine, tunisitri, aloufok). Mieux, le Collectif féministe indigène, qui est la section féminine du Mouvement des Indigènes de la République, appelle à participer avec un keffieh sur la tête en solidarité avec les condamnées à mort de Bagdad le 8 mars à 18 heures au Père-Lachaise, à Paris.
Tout cela est très bien, à un détail près, qui me gêne. Le voici : tous ces groupes et sites cités ne parlent que de TROIS condamnées à mort, en l’occurrence Wassan, Zeynab et Liqa, laissant de côté Samar. Pourquoi ? De toute évidence, parce que Samar n’est pas accusée d’actes de résistance (ou de terrorisme) mais de meurtres obéissant à d’autres mobiles (ce qui reste à démontrer). Elle est donc une « droit commun ». Et donc, nos braves militants politiques l’excluent de leur solidarité. Or, Samar est la seule qui risque réellement d’être exécutée très prochainement. Les trois autres ont en effet bénéficié d’un sursis à exécution et pourront faire appel, suite aux pressions diverses qui se sont exercées sur le « gouvernement » de Bagdad, notamment du Premier ministre turc Erdogan. Ce que nos militants n’ont pas l’air de comprendre, c’est qu’en excluant Samar de leur campagne, ils donnent – à leur insu, sans doute – un blanc-seing à son exécution et laissent soupçonner qu’ils ne sont pas opposés à la peine capitale dans tous les cas, mais seulement dans certains.
On me rétorquera que j’exagère. Je maintiens ce que je dis : faire une campagne exclusive pour certaines condamnées à mort et accepter de fait l’exécution de certains autres relève au mieux du manque de réflexion ou de la bêtise, au pire de l’irresponsabilité.
Bonne semaine, quand même !
Que la Force de l’esprit soit avec vous !