vendredi 26 juillet 2019

N° 163-Le dernier caïd
Béji Caïd Essebsi, un dinosaure victime du changement climatique

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 La nouvelle a éclaté dans la matinée du jeudi 25 juillet, alors que le pays célébrait dans un silence caniculaire le Jour de la République tunisienne (créée le 25 juillet 1957) : « Bajbouj jè ou fè », Bajbouj – diminutif ironico-affectueux de Béji – s’en est allé.
La vox populi a tout de suite murmuré : « Il était mort depuis 24 jours, ils ont attendu aujourd’hui pour l’annoncer ». Il faut dire que ces derniers mois, on avait annoncé sa mort toutes les trois minutes. Mais cette fois-ci, c’était sûr : il n’a plus tenu le coup de la canicule qui sévit en Tunisie comme ailleurs. 

En attendant les statues, la marionnette des Guignols

Avec Essebsi, c’est non seulement le plus vieux président du monde en exercice qui disparaît, mais une époque. Il était la dernière incarnation vivante des historiques qui ont fait la Tunisie indépendante. Il y avait chez lui un côté Bourguiba -rad-soc IIIème République française - et un côté Charles Pasqua -matraque et pastis en tous genres.

Du haut de ses 75 ans de carrière politique, il avait une connaissance imbattable de tout le karakouz – le théâtre de marionnettes, terme par lequel on désigne la classe politique – et possédait une fiche sur chacun.

Ce qui lui permettait de naviguer entre les factions, les cliques, les camarillas, et de passer des accords avec tout le monde et n’importe qui. Ce vieux loup avait même réussi à faire un deal pour le partage du pouvoir avec le vieux renard Rachid Ghannouchi, l’Émir du mouvement islamiste, évitant ainsi ce qui fait le plus horreur aux épiciers, la fitna, autrement le dit le bordel, à la libyenne ou à la syrienne. Il avait pour cela eu la bénédiction et les vifs encouragements des décideurs de Paris/Bruxelles/Berlin et de Washington.

Pleuré dans les palais d’outre-mer (le-président-laïc-ami-des-femmes), Bajbouj sera peu pleuré dans les chaumières du bled. On le regrettera peut-être en en faisant un portrait rétrospectif imaginaire, lorsque celui qui aspire à lui succéder, le Berlusconi tunisien, Nabil Karoui, aura été élu en septembre prochain et aura pris place au palais de Carthage.

Celui-là sera bien obligé de se résoudre à appliquer les conditions fixées par la Banque mondiale pour les nouveaux prêts consentis à la Tunisie. Bajbouj avait freiné des quatre fers pour les appliquer toutes, sachant très bien qu’elles ne feraient que susciter des révoltes logiques. Et pour ce qui était de mater des révoltes, il avait une solide expérience d’un demi-siècle.


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