lundi 11 septembre 2006

N° 7 – Un gynécologue griot dans la Sarko Academy

Il en est des candidats à une élection présidentielle comme des marques de lessive : il faut concocter un plan marketing d’enfer pour conquérir le marché, car les places sont chères et la concurrence féroce. Et ce marché est segmenté. On ne peut pas convaincre avec les mêmes arguments la ménagère de 50 ans, sa maman de 75 ans, le fiston étudiant de 25 ans et son père de 52 ans. Il faut donc trouver pour chaque type de client potentiel l’argument qui va le toucher.Nicolas Sarközy, fils d’un immigré non choisi, veut donc devenir président de la République française. Pour cela, il faut qu’il ramasse au premier tour de l’élection d’avril 2007 au moins 30% des voix et au deuxième tour 50 et quelques %. Même si la France est un pays de vieux, il ne pourra pas contenter de recueillir les voix du troisième et du quatrième âge, toutes ces mamies de 75 à 100 ans qu’un rien effraye. Il ne pourra pas non plus se contenter de détourner les voix des beaufs de 40 à 65 ans de leur Jean-Marie habituel. Il lui faudra forcément trouver le chemin des électeurs de 18-30 ans, banlieusards, basanés et métissés. Pour draguer les grands-mères, il avait Michel Sardou (l’homme qui chantait en 1973 : « Ils (les Arabes) ont le pétrole, nous on s’en fout, on a le bon vin » et en 1981 « vive la guillotine ») et Pascal Sevran, l’animateur mielleux des thés dansants du dimanche après-midi pour maisons de retraite . Pour les mères, il avait le rocker vieillissant et citoyen belge Johnny Halliday,dont le public est tout sauf jeune. Pour le cœur de cible « racaille », il lui fallait donc trouver un rappeur. Manque de pot pour Sarköléon, la plupart des rappeurs connus préfèreraient avaleur leur micro tout cru plutôt que de se transformer en griots de ce Hongrois digne descendant d’Attila. Mais en cherchant bien, il a fini par dénicher le rappeur qui est censé lui ouvrir une brèche dans le mur des banlieues.Le griot retenu s’appelle Bruno Beausire. Il est né à Clichy sous-Bois en 1974 dans une famille guadeloupéenne. Nom d’artiste : Doc Gynéco. Le bonhomme est assez particulier : il balance des textes plutôt pornographiques avec un ton désabusé et, sur tous les plateaux de télé où il est invité, il donne en permanence l’impression d’être soit sur le point de s’endormir soit d’être tombé du lit. Bref, il semble bien que l’abus de marihuana lui ait quelque peu ramolli le cerveau.La rencontre entre le Triste Sire de la Place Beauvau et le Beausire de la Porte de la Chapelle a eu lieu en novembre dernier, lors de l’intifada des banlieues. Les deux hommes se sont plus et Gynéco a décidé de faire un bout de chemin avec l’Attila de l’UMP. Le timing a été parfait et on a profité de l’université d’été de l’UMP à Marseille pour lancer le tandem, immortalisé par la photo ci-dessus. Et Gynéco se targuant d’être intello (ça, pour enfiler les mots comme des perles, il s’y entend, même si son verbiage n’a pas toujours un sens très clair) , on l’a invité à une table ronde sur "La Nation: une idée d'avenir", ou il a trôné avec ses habituelles mines énigmatiques – son genre,c’est : »je ne dis rien, mais je n’en pense pas moins » - aux côtés des ministres Jean-François Copé (Budget) et Renaud Donnedieu de Vabres (Culture).Tout cela est ma foi fort affligeant. On murmure dans les milieux du show business que l’opération viserait tout simplement à redorer le blason du pauvre Doc Gynéco, dont les œuvres éphémères ne se vendent plus si bien que cela. Quoiqu’il en soit, il a déjà commis, lors du show de Marseille, quelques phrases inoubliables, que je vous laisse méditer.«On a décidé peut-être d’avoir une idée sociale de droite qui pourrait stopper cette idée de vivre toujours avec des aides et peut-être redynamiser des endroits ou des quartiers où les gens ne vivent à 100% qu’avec des aides sociales. » (sic)«Les banlieusards, c’est des clowns. Ils sont choqués d’avoir entendu ’racaille’ ou ’kärcher’ quand tous les jours entre eux ils s’insultent»(resic)« Sarkozy, c’est un ami avant tout, quelqu'un qui m'aide à penser, un petit maître à penser... puisque mon père, c'est déjà Johnny » (Halliday) (reresic).Pauvre France ! Faut-il en rire, faut-il pleurer ?Heureusement, Doc Gynéco reste une exception dans la génération des stars « négropolitaines » (Noirs de métropole), qui, toutes, à part lui, ont pris position contre Sarkökärcher, que ce soit Joey Starr et Stomy Bugsy, deux autres rappeurs, ou Liliam Thuram, le capitaine de l’Équipe de France de football, qui a déclenché un tollé à l’UMP et au gouvernement en invitant au stade de France, pour assister à un match France-Italie, 80 des « 1000 de Cachan », ces squatters vidés manu militari de la résidence universitaire qu’ils occupaient, faute de trouver à se loger décemment, depuis plusieurs années, et qui se sont repliés dans un gymnase cruellement appelé « Belle image ».Comme le chante Doc Gynéco, « Dans le foot, les affaires, le rap, les ministères,c'est toujours un gangster qui contrôle l'affaire. »
Bonne semaine, quand même !
Que la Force de l’esprit soit avec vous !
Ayman El Kayman
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