lundi 11 décembre 2006

N° 19 - Marie- Chantal en Orient, ou la stratégie du coucou

Sarkolène et Ségozy

Mes lecteurs l’auront compris, je n’aime pas la Dame du Poitou, alias Royale Canine, alias Marie-Chantal, alias Sarkolène, qui partage à égalité avec le Nain magyar les coups de dent que je distribue allègrement depuis le lancement de cette chronique le 5 juin dernier. Pourquoi donc n’aimè-je pas cette dame ?
Parce que c’est une femme ? Bien sûr que non, je raffole des femmes, surtout bien cuites.
Parce que c’est une socialiste ? Oh que non, je pense qu’il faut de tout pour faire un monde, et que personne n’est parfait. Et puis, que deviiendraient les trotskystes en vieillissant, si la social-démocratie n’existait pas ?
Parce qu’elle porte des tailleurs qui lui donnent en permanence un air d’évadée du Couvent des Oiseaux ? Sûrement pas, d’autant plus que j’ai constaté qu’elle devenait de plus en plus audacieuse, abandonnant les tailleurs blancs au profit de couleurs plus osées (rouge, sur la photo officielle avec Ehud Olmert, fuchsia lors de l’escale à Amman) ; renseignements pris, elle ne s’habille plus dans les grandes surfaces mais chez une couturière de Saint-Germain des Près, Paule Ka. Ainsi donc, Marie-Chantal a adhéré à son tour à la Tribu Ka, ce qui a suscité cette blague dans les couloirs du parti socialiste : « Le diable s’habille en Prada, la diablesse s’habille en Paule Ka. »
Non, si je n’aime pas cette dame, c’est parce qu’elle est une coquille creuse – elle n’a pas de programme, mais promet un projet présidentiel pour « bientôt » - et un coucou, alors qu’on attendait un rossignol. Le coucou est un pirate : il squatte les nids des autres oiseaux, chassant leurs petits et y déposant ses propres œufs. Le « coucoutage » est sans aucun doute un genre obligé dans la politique institutionnelle : le Nain magyar chasse sur les terres du Bâtard borgne breton, pour essayer de grapiller un maximum de ses 15% d’électeurs et Marie-Chantal chasse sur les terres du Nain.
Une élection présidentielle, en France, ne se gagne jamais à gauche, mais à droite, plus exactement à l’extrême-centre droit. Ce n’est pas le 1% de Chévènement qui va lui faire gagner de quoi se présenter au deuxième tour. Les 15 à 20% que lui feront perdre les candidats d’extrême-gauche et écologistes, il faut bien qu’elle les récupère ailleurs. Elle est déjà assurée de recueillir les suffrages des chiraquiens et des vieux gaullistes, mais cela ne suffira peut-être pas. Il lui faut donc rallier à tout prix les voix des sionistes. Et c’est là que j’en viens à l’objet de cette chronique.
Mettons tout de suite les points sur les i : l’électorat juif proprement dit est, en France, négligeable. Si on considère qu’il y a environ 700 000 juifs en France, le nombre d’électeurs juifs est au maximum de 300 000. C’est peu de chose face aux deux millions de chasseurs ou aux quatre à cinq millions de musulmans, dont au moins un million d’électeurs. Mais il y a un électorat sioniste qui dépasse largement les rangs juifs et les clivages gauche-droite, et qui fait de la « défense du droit d’Israël à l’existence » une question de principe. C’est cet électorat-là qu’il faut convaincre, quitte à sacrifier l’électorat arabo-musulman ou noir.
D’où le voyage de Marie-Chantal en Orient la semaine dernière. Un voyage en trois étapes et demie : Liban, Jordanie, Gaza, Israël.
Les milieux sionistes extrêmes français ont poussé des hurlements lorsque Marie-Chantal a écouté sans piper un député libanais du Hezbollah établir un parallèle entre la résistance libanaise au sionisme et la résistance française au nazisme. Mais ces gens-là sont plus sionistes et plus idiots que leurs maîtres israéliens, lesquels, en « realpoliciens » pragmatiques, n’ont pas sourcillé devant cet « incident » et on fait un accueil chaleureux et triomphal à Mrs Royal.
Laquelle n’en a pas raté une : sur le Hamas, « organisation terroriste », sur le Mur d’apartheid, » qui se justifie », sur les survols par l’aviation israélienne des casques bleus français de la FINUL, « qui s’expliquent », sur l’accès au nucléaire civil pour l’Iran, qui « menace la paix » du monde. Pas un mot sur le fait qu’Israël viole allègrement, grâce à la France, le Traite de non-prolifération nucléaire en enrichissant depuis des décennies de l’uranium provenant du Niger à des fins militaires.
Du coup, l’accueil chaleureux réservé par Olmert, Peretz, Livni et toute la bande a semé une certaine confusion chez les Pieds nickelés du CRIF (le « Conseil représentatif des institutions juives de France, présidé par Roger Cukierman), qui ont soudain découvert qu’ils avaient fait une erreur en misant tout sur le Nain magyar, sur les recommandations insistantes de leurs amis du centre Simon-Wiesenthal, de l’American Jewish Committe et de l’AIPAC, les principales organisations du lobby sioniste yankee. Ils ont donc tenté de rattraper le coup mais se sont faits rembarrer violemment par Julien Dray, dans le hall de l’Hôtel King David de Jérusalem ; Julien Dray qui va leur faire payer leur soutien inconsidéré à Sarközy et leur a promis qu’une fois sa Marie-Chantal élue, ils (les gens du CRIF) devraient supplier à genoux pour être reçus par elle. Ce sont là des rodomontades et ces gens-là, d’accord sur l’essentiel – le soutien inconditionnel à » l’État juif » - auront vite fait de se rabibocher.
Bref, on l’aura compris, Marie-Chantal n’est pas une candidate de gauche.
Si elle était une candidate de gauche, elle irait à Caracas, à La Paz, à Cochabamba, à Quito, à La Havane. Mais elle s’est contentée d’aller à Santiago du Chili, pour fêter la victoire de son alter ego Michèle Bachelet, laquelle n’a rien trouvé de mieux à faire pour inaugurer sa présidence que d’acheter des avions de chasse aux USA. Pour faire la guerre à qui ? À la Bolivie ou au Pérou ?
Si elle était une candidate de gauche, elle serait allée à Kigali, pour demander pardon aux Rwandais pour la responsabilité française dans le génocide de 1994. Au lieu de cela, elle s’est contentée d’aller à Dakar, lieu de sa naissance, sur les traces du Nain magyar.
Si elle était une candidate de gauche, elle serait allée rendre visite aux expulsés de Cachan, à la famille du jeune Turc pendu au centre de rétention de Marseille, aux familles des deux jeunes électrocutés à Clichy sous-Bois.
François Mitterrand avait inventé « la force tranquille » et son publicitaire Jacques Séguéla avait illustré ce slogan par l’image d’un clocher reprise directement d’une affiche de propagande pétainiste.
Sarkozy a inventé la « rupture tranquille », comme une mauvaise photocopie de cette « force tranquille » et semble avoir laissé tomber son slogan « la France d’après » (sous-entendu son élection), qui risquait de faire les choux gras des caricaturistes qui n’auraient pas manqué d’illustrer ce slogan par des décors de ruines fumantes.Sarkolène a fait encore mieux, avec « l’ordre juste ». Savez-vous qui a inventé cette expression ? Devinez.
Eh bien rien moins que Francisco Paulino Hermenegildo Teódulo Franco y Bahamonde Salgado Pardo de Andrade, connu sous le titre de « Generalísimo Francisco Franco, caudillo de España por la gracia de Dios », autrement dit l’homme qui fut le dictateur de l’Espagne de
1939 à 1975
. Bonjour la référence !
Bonne semaine, quand même !
Que la Force de l’esprit soit avec vous !
Ayman El Kayman

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