lundi 27 novembre 2006

N° 17 – Paris, 23 novembre 2006 : un fait divers « mondialiste »

Les joueurs du Hapoel avec leurs supporters, jeudi soir à Boulogne

« Le football, ce n’est pas la guerre » (Nicolas Sarkozy)
Le jeudi 23 novembre 2006, vers 23 heures, un fait divers sanglant a eu lieu à Paris, qui illustre on ne peut mieux que si nous vivons dans un seul monde, l’humanité a encore beaucoup de chemin à faire pour instaurer la fraternité.
Les faits : suite au match de football entre le Paris Saint-Germain et le Hapoel Tel Aviv, gagné par ce dernier par 4 buts à 2, au stade de Boulogne (dans l’ouest de Paris), le noyau dur des supporters extrémistes du PSG s’est livré comme à son habitude aux violences et dégradations dont il est coutumier et à la chasse aux supporters de l’équipe adverse. Le drame s’est noué devant le MacDonald’s de la Porte de Saint-Cloud. Un supporter juif, menacé par les hooligans des « Boulogne Boys », s’est réfugié derrière un policier martiniquais, lequel a fait usage de son arme pour se défendre. Un supporter arabe du PSG a eu le poumon perforé et un supporter breton a été tué.
Les circonstances : 25 000 personnes assistaient au match. Environ 15 000 étaient des supporters de l’équipe israélienne. Les hooligans massés dans le « kop Boulogne » étaient quelques centaines. 750 policiers , dont certains à cheval, étaient déployés tout autour du stade. Tous les témoignages concordent : du début à la fin du match, le « slogan » le plus crié par les hooligans était « Enculés de juifs ». Le supporter pro-israélien menacé par les hooligans, Yanniv Hazout, 23 ans, n’était pas un fanatique : depuis sa tendre enfance, il était un supporter du PSG et il soutenait donc ce soir-là les deux équipes. Les hooligans réputés négrophobes, arabophobes et judéophobes, ne sont pas tous des Blancs : il y a parmi eux bon nombre de membres des minorités visibles ou invisibles. Bref, les supporters, y compris les hooligans, sont à l’image de l’équipe qu’ils soutiennent : « Blacks, Blancs, Beurs », n’en déplaise à Messieurs Finkielkraut et Frêche. Le PSG, tout comme le Hapoel et la plupart des équipes de foot « européennes », est multiethnique et multiculturel. Sur le terrain de Boulogne ce soir-là, il y avait, côté PSG : 1 Ivoirien, 1 Congolais, 1 Antillais, 1 Sénégalais, 1 Portugais, 1 Uruguayen et 1 Brésilien. Côté Hapoel, il y avait : 2 Palestiniens (qui ont d’ailleurs marqué 3 des 4 buts), 1 Nigérian, 1 Espagnol et 1 Brésilien.
Sur les 150 supporters excités qui avaient pris en chasse Yanniv, seule une petite vingtaine s’est acharnée sur les vitrines du MacDo où Antoine Granomort, le policer martiniquais, s’était réfugié avec son protégé. Ce jeune policer (30 ans) était en civil. Appartenant à la brigade du métro, il était ce soir-là chargé de la surveillance des voitures de police garées tout autour de la Porte de Saint-Cloud. Les hooligans l’ont d’abord pris pour un « Juif du Bêtar » (un Falasha sans doute) avant de comprendre qu’il était un policier.
Débordé et paniqué, le policier a mis plusieurs minutes à appeler des renforts par son talkie-walkie. Il a tiré une seule balle, qui a traversé Mounir Bouchaer, 26 ans, avant d’atteindre Julien Quemener, 26 ans, au cœur. Le skinhead (il avait en tout cas le crâne rasé), est mort très rapidement. Les secours ne sont arrivés qu’après une dizaine de minutes. Yanniv Hazout, qui avait pendant ce temps pris la poudre d’escampette, a contacté la police dès qu’il a su ce qui s’était passé.
Les méchants dans cette histoire sont les hooligans, qui ont perdu un des leurs. Il y a eu un consensus total pour les condamner et approuver le geste de « légitime défense » du policier, qui n’a d’ailleurs pas été mis en examen et ne sera donc pas poursuivi par la justice. Aucune voix critique ne s’est élevée pour poser les questions suivantes :
1° - Comment se fait-il que la police parisienne, qui les connaît tous par leurs noms et prénoms, ne soit pas intervenue plus tôt pour neutraliser – sans les tuer – les plus excités des hooligans ?
2° - Instruite par les expériences précédentes, pourquoi la police n’a-t-elle pas pris toutes les mesures nécessaires pour assurer que ce match à très haut risque se déroule calmement ? Dès les résultats du match connu – une défaite du PSG – on pouvait s’attendre à ce que certains des supporters parisiens expriment leur frustration de manière violente.
Au-delà, on peut poser une autre question :
Mais que fichent donc les équipes israéliennes dans la coupe UEFA ? Depuis quand Israël fait-il partie de l’Europe ? (J’entends une voix qui me murmure la réponse : « depuis 1948 »).

La politique de la tribune vide
Les réactions du ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy et des dirigeants du PSG sont celles-la mêmes qu’on pouvait prévoir. Le ministre a réuni samedi le président du PSG, celui de la Ligue de football professionnel et des représentants de six associations de supporters du club de Ligue 1, dont des délégués des fameux "Boulogne Boys" Voici ce que rapporte la presse :
La mesure la plus spectaculaire annoncée par Nicolas Sarkozy est l'obligation faite au PSG de ne vendre des billets qu'aux associations de supporters "officielles". "Le restant des places ne sera pas mis en vente", a dit Nicolas Sarkozy. "Nous préférons tous voir certaines tribunes vides que de les voir remplies avec des gens indésirables." Le ministre a demandé au préfet de police de Paris, Pierre Mutz, de dresser pour la semaine prochaine une liste complémentaire d'interdictions administratives d'entrée dans le stade du PSG. Elles sont déjà au nombre de 70. Nicolas Sarkozy et le ministre des Sports, Jean-François Lamour, qui assistait à la réunion, ont demandé au président de la Ligue, si cela ne suffisait pas, de prendre des sanctions pouvant aller jusqu'à faire jouer des matches à huis clos. Le ministre de l'Intérieur a dit que l'arsenal répressif du gouvernement serait complété début décembre avec la promulgation de décrets d'application autorisant la dissolution des associations de supporters qui ne collaboreraient pas avec la justice et la police pour éradiquer la violence et le racisme.
"Nous voulons la paix dans nos tribunes. Le football, ce n'est pas la guerre", a-t-il dit, ajoutant que ces mesures "d'application immédiate" ne feront l'objet "d'aucune exception" parce que "ce n'est pas simplement le PSG qui est en cause" mais "l'ensemble du football".
Frédéric Thiriez (président de la Ligue de football professionnel) : « Dans la situation qui est la nôtre, la seule réponse est la fermeté. Nous avons compris que le dialogue est indispensable mais il n'exclut pas la fermeté. Le football ne doit pas être la guerre mais une fête. Dans l'environnement de nos clubs il y a des groupes violents, antisémites, racistes qui n'ont rien à faire dans le football. »
Alain Cayzac (président du PSG) : « Ces mesures auraient dû être prises depuis longtemps mais j'adhère à tout ce qui a été décidé. Tout le monde a pris conscience de la gravité de la situation. L'enjeu est la survie du PSG, le PSG est en danger. Tout ce qui s'est passé a terni l'image du PSG. J'ai exprimé mon désir que des mesures radicales soient prises pour éradiquer le fléau du racisme, de l'antisémitisme au PSG. Je préfère des tribunes vides mais avec des gens correspondant aux valeurs du club. Il n'y a pas que l'aspect financier qui compte. Si je n'arrive pas à éradiquer les problèmes de violences, je saurai en tirer les conséquences. »
Le football, ce n’est pas la guerre ? Vraiment ? Alors, c’est quoi ?
Interdits de stade, les hooligans vont-ils rester sagement chez eux les soirs de match, pour le regarder à la télé ou, au contraire, viendront-ils foutre le bordel autour des stades ? Et si, au lieu de les exclure, on cherchait à les inclure, en leur proposant des activités où ils pourraient canaliser leur énergie débordante et déconstruire leurs délires guerriers ?
Enfin, mon avis personnel, qui est, je le reconnais, celui d’un footballophobe viscéral : et si la solution était, plutôt que de vider les tribunes, de vider…les terrains ? Je sais, je sais, je rêve.
Bonne semaine, quand même !
Que la Force de l’esprit soit avec vous !
Ayman El Kayman
27 novembre 2006
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