lundi 19 juin 2006

N°3 - Missile au poing



Le vendredi 9 juin 2006, les sept membres d'une pacifique famille palestinienne qui pique-niquaient sur une plage de Gaza ont été exterminés par un missile made in USA lancé par une vedette de la marine israélienne.Le lundi 12 juin, une douzaine de civils désarmés ont été à leur tour décimés par un autre missile made in USA lancé par un avion israélien dans une rue de Gaza.
Le même lundi, des membres armés du Fatah se sont livrés à une attaque terroriste contre le siège du parlement palestinien et un bâtiment du gouvernement palestinien à Ramallah, sur lesquels ils ont tiré avec des armes à feu et auxquels ils ont mis le feu. Il n'y a heureusement pas eu de victimes humaines.Qui est le responsable des crimes de guerre commis par l'aviation, l'armée de terre et la marine israéliennes ? Il sappelle Amir Peretz. Il est ministre de la Défense. cet homme est aussi le président du Parti travailliste israélien. Le Parti travailliste israélien est membre de plein droit de l'Internationale socialiste.
Qui est responsable des crimes commis par le Fatah ? Il s'appelle Mahmoud Abbas, alias Abou Mazen, et il est président de l'Autorité nationale palestinienne et chef suprême du Fatah. le Fatah est membre consultatif de l'Internationale socialiste.Je ne vois pour l'Internationale socialiste que l'alternative suivante :ou bien elle exclut de ses rangs ces deux partis ou bien, si elle les y maintient, elle devra changer son logo et remplacer la rose dans le poing par un missile. Et se rebaptiser en Internationale...sioniste !



José entre dans la danse
Le Français José Bové et le Mexicain Marcos (le sous-commandant de l'Armée zapatiste de libération nationale, présentement Délégué numéro zéro de l'Autre campagne) ont trois points en commun :ils fument la pipe (ils ont même échangé leurs pipes) ils sont célèbres (mais pas riches) ils sont confrontés à une campagne électorale pour la présidentielle dans leur pays (2 juillet 2006 au mexique, 22 avril 2007 en France).Le quatrième point qu'ils ont peut-être en commun c'est une moustache. Je ne peux pas vérifier ce détail, n'étant pas à ce point intime avec le Subcomandante que j'aie pu voir ce qu'il cache derrière son passe-montagne.Le cinquième point qu'ils auront peut-être en commun c'est que ni l'un ni l'autre n'auront été candidats à l'élection présidentielle. mais cest là qu'intervient l'énorme différence entre les deux hommes.Marcos et les zapatistes ont affirmé dès le premier jour de leur apparition publique (le 1er janvier 1994) qu'ils ne voulaient pas le pouvoir. L'Autre campagne dirigée par Marcos vise donc à faire entendre la voix de ceux d'en bas et à gauche pour perturber un jeu électoral pervers qui ne vise qu'à pérenniser un système pourri.José Bové, lui, veut être candidat à l'élection présidentielle. Bien sûr, il n'a aucune chance d'être élu président de la VIème République française. Tout au mieux, ce qu'il pourrait faire, ce serait de négocier son soutien au second tour avec le candidat socialiste qui se maintiendra face à NS (National-Sarközy). Résultat : les Français se retrouveraient avec un ministre de l'Intérieur appelé Julien Dray, ancien trotskyste et fondateur de SOS-racisme, un secrétaire d'État à l'Intégration appelé Malek Boutih, ancien président de SOS-racisme et quelques autres tristes renégats pour les piloter dans la jungle social-libérale mondialisée. Ça leur ferait vraiment une belle jambe.José rêve éveillé s'il s'imagine que les trois partis trotskystes, le parti communiste, les Verts et la gauche socialiste sont disposés à renoncer à leurs propres candidats et à s'unir derrière sa moustache et sa pipe. Il aurait, je crois, mieux à faire, que de se lancer dans les jeux de la politique politicienne. En lançant, par exemple, une autre campagne à la française, ce qui obligerait tous les candidats à prendre en compte les demandes exprimées par cette autre campagne, sans que cela conduise à des négociations et des compromis.
Bon, voilà, c'était mes deux coups de dent de la semaine. Assez parlé de politique ! Parlons d'autre chose.


Histoires de caïmans - Feuilleton zoologique (1)
Mon animal fétiche étant le caïman, je me ferai un plaisir de vous instruire sur cet animal fort sympathique, lequel, contrairement aux idées reçues, ne dévore que rarement l'humain, dont la chair est fort fade, peu savoureuse et pas très nourrissante. En fait d'animal, il faudrait parler d'animaux, puisqu'il existe au moins 25 espèces de caïmans, ou alligators, ou crocodiles, divisées en 3 familles : les alligatoridés, les crocodilidés et les gavialidés. Je ne vous cacherais pas que à ces derniers que je m'identifie le plus. Et pourquoi donc ? Simple : ce sont les plus longs de tous, ils vivent dans le Gange, le fleuve sacré de l'Inde, et sont ceux qui ont le plus de dents : jusquà 110, alors que toutes autres familles ont en moyenne 75 dents (cela va de 64 à 86). Le nom latin de cette espèce de caïman est Gavialis gangeticus, nom donné en...1789 par le savant Gamelin. Gangeticus signifie du Gange et gavialis provient de Gavial, qui est une déformation de ghariyal, qui signifie en hindi ayant la forme d'un pot (ghara) à cause de l'appendice nasal en forme de bulbe - ou de pot - qui décore joliment l'extrémité supérieure de la gueule des mâles. Menacé d'extinction dans les années 1970, le gavial a fait l'objet de programmes de sauvetage et de repeuplement et il semble quil en existe encore entre 1 500 et 3 000 , non seulement dans le Gange, mais aussi dans l'Indus, le Mhanadi, le Brahmapoutre, grands fleuves de l'Inde, du Pakistan, du Bhoutan et du Bangladesh, et peut-être encore aussi dans le Kaladan et l'Irrawaddy (Birmanie, rebaptisée par les généraux au pouvoir Myanmar) à moins que les mafieux au pouvoir dans ce magnifique pays martyr ne les aient tous exterminés pour en faire des sacs à main et des ceintures.
Les gavials font facilement 5 à 6 mètres de long, allant parfois jusquà 7 mètres, sont très agiles dans l'eau et plutôt patauds et poussifs à terre (ils ont du mal à se déplacer). Si encore enfants, ils raffolent des grenouilles, concurrencés en cela uniquement par les Français, à l'âge adulte ce sont de purs mangeurs de poisson et pour cela, ils ont ce quil faut : 106 à 110 dents coupantes comme des rasoirs, qui se divisent comme suit : 5 pré-maxillaires; 23 + 24 maxillaires; 25 + 26 mandibulaires. (À suivre)


Histoires de mots - Feuilleton linguistique (1)
Le mot caïman apparaît en français sous la forme caymane (1584) par l'intermédiaire de l'espagnol caimán, probablement emprunté au karib acayuman.Caïman (ou caymand), désignait en moyen français (antérieurement à la découverte du crocodile américain) et jusqu'au XVIIe siècle, un mendiant (cf. quémander). (À suivre)



Des caïmans et des hommes - Feuilleton politique (2)
En Afrique, les dents de caïman, symbole du pouvoir, sont très utilisées dans les pratiques magiques. Et les caïmans vivants sont un élément classique du décorum des rois, empereurs, présidents et dictateurs. Histoire de terroriser le bon peuple, auquel on envoie ainsi un message clair : si vous m'embêtez, vous finirez comme les poulets vivants qui nourrissent mes caïmans. et il n'est pas exclu que certains opposants aient fini dans des piscines à caïmans, tout comme les esclaves rebelles finissaient dans le ventre des murènes de l'empereur romain Titus. Voici ce qu'écrivait Jean-Claude Morançais dans L'Humanité du 12 septembre 1990.

Les dents du caïman
C'ETAIT à l'occasion d'un congrès du Syndicat national des agents de voyages (SNAV) en Côte-d'Ivoire. Jai oublié la date et égaré mes notes. Pas le souvenir émerveillé de mon arrivée de nuit à Yamoussoukro, le village du « Vieux », (le Président Houphouët-Boigny), conçu pour accueillir 500.000 habitants et qui n'en compte qu'une centaine de mille.Un délire de lumières.
Double rangée de lampadaires éclairant des autoroutes vides. Champs-Elysées à rallonge pour ce « Brasilia versaillais »
brillant de mille feux dispendieux dans son écrin de forêt. A 266 km
d'Abidjan-la-turbulente, par « route bitumée », précisent les guides. Moite
sensation de gêne devant tant de luxe étalé, à commencer par celui de l'hôtel «
Président ». Un cinq étoiles. 300 chambres climatisées, restaurant lui aussi
climatisé, un autre près de la piscine lagunaire avec bars, night- club,
boutiques, parc de 25 ha, salle de congrès, golf 18 trous, mais pas de palais
des glaces comme celui qui jouxte l'hôtel Ivoire d'Abidjan. Une clientèle
clairsemée du genre trois serviteurs noirs pour un blanc.
Et cependant un simple
hors-d'oeuvre dans un océan de bâtiments tous plus prétentieux, victoriens ou
staliniens, les uns que les autres. La « Maison du Parti » du Président, le
PDCI-RDA, véritable palais de marbre entouré de bassins et de bosquets fleuris.
La Maison du Parti... pas celle du Peuple. L'élégante « Mairie » dont les
administrés vivent dans les cases fragiles et les casemates honteuses de la
main-d'oeuvre presque gratuite, coquettement cachées derrière les rideaux d'arbres et les pancartes « taguées » à la gloire mégalomaniaque du « Vieux ». Mais j'ai vu cela ailleurs.
Et puis, derrière un autre mur de la honte, à perte de vue, discrètement dissimulés : le palais du Président-Roi et les demeures de sa petite famille. Quatre-vingt villas plus la « maison d'hôtes ». Car le « Vieux » sait recevoir avec faste et générosité les riches et les puissants de ce monde. Giscard dEstaing en 1978, Mitterrand en 1982, aujourd'hui Sa Sainteté qui trouvera ici, j'en suis persuadé, le calme et le repos nécessaires pour méditer sur la pauvreté. De l'autre côté du mur provocant de l'argent souverain dorment les caïmans sacrés du Président. Sacrées bestioles au ventre rond, gavées de poulets vivants élevés aux grains, à l'ancienne, qu'ils gobent d'un coup de gueule fatiguée, et dans un bruit exaspérant d'os broyés. Cris presque humains de la volaille rappelant « le petit bruit de l'oeuf dur sur le zinc du comptoir, insupportable à l'homme qui a faim », qu'évoquait Jacques Prévert.Dans les champs impériaux de cotons, de canne à sucre, de cacaoyers du Président, d'autres enfants au ventre rond de malnutrition tournent vers vous les lumières de leur vie, comme autant de lampadaires dérangeant l'ordre rectiligne et froid des larges avenues de Yamoussoukro.

Bonne semaine, quand même !
Que la Force de l'esprit soit avec vous !
Ayman El Kayman
Je remercie mon ami Juan Kalvellido, le talentueux dessinateur andalou, qui a illustré cette chronique. Pour voir ses autres travaux http://www.kalvellido.net
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