mardi 20 mai 2014

N°143- Narendra ou Alexis

À ma droite, la plus-grande-démocratie-du-monde : l'Inde. À ma gauche, le berceau-de-la-démocratie-occidentale : la Grèce. Les 2 pays viennent de voter, avec des résultats diamétralement opposés.
Narendra Modi, vu par Satish Upadhyay
Du côté du géant asiatique, c'est le Mussolini hindou, Narendra Modi, qui a remporté un succès foudroyant, écrasant le parti du Congrès de la dynastie Gandhi, et faisant du BJP la marque la plus célèbre du sous-continent. BJP est l'acronyme de Bharatiya Janata Party, Parti du Peuple de l'Inde, et ce nom est à lui seul tout un programme. Bharatiya est l'adjectif de Bharat, vieux mot sanscrit qui désigne officiellement l'Inde en hindi. Le mot "Inde" a été forgé par les Grecs anciens, et s'est transmis au latin, puis à l'anglais et au français. Janata signifie peuple en sanscrit et en hindi.

Le BJP a longtemps été le plus zélé défenseur de l'Inde comme " Hindu Rashtra", nation hindoue, assiégée de l'extérieur par ses "ennemis naturels" – le Pakistan, la Chine, le Bangla Desh et le Sri Lanka – et minée de l'intérieur par les Musulmans et autres non-hindouistes –chrétiens, animistes, juifs. La grande cause "nationale" du BJP est le Cachemire, qui joue le même rôle en Inde que les Sahara occidental au Maroc et les Malouines en Argentine. Bien qu'il soit peuplé principalement de Musulmans, il appartient à l'Inde, point barre, dixit le BJP.
Au fil des années, le BJP, issu des réseaux fascistes hindous les plus enragés, s'est progressivement transformé en protagoniste respectable, fashionable, à l'image des néofascistes italiens, français et, plus généralement, européens, qui, de groupuscules de cogneurs qu'ils étaient dans les années 70 et 80, sont devenus des "partis démocratiques de gouvernement" à la fin du siècle dernier. Pour répondre aux accusations de suprématisme hindou, le BJP invoque le fait qu'il a parmi ses dirigeants plusieurs Musulmans et même un Juif ! Alors, de quoi se plaint-on ? 
Narendra Modi était le ministre en chef de l'État du Gujarat quand y éclatèrent en 2002 de pogroms qui firent au moins 2000 morts chez les Musulmans. Non seulement, il n'a jamais eu à répondre de sa responsabilité et complicité dans ces pogroms, mais il a ainsi gagné l'estime des grands capitalistes indiens, qui l'ont finalement choisi pour faire le travail que la dynastie Gandhi faisait de plus en plus mal. Le travail que les grands patrons indiens demandent au pouvoir politique national est simple : faire sauter les obstacles –légaux, juridiques, réglementaires - à la prédation du territoire et de ses richesses et éliminer toute forme de résistance –populaire, paysanne, ouvrière, tribale, civile, non-violente ou armée - à ce capitalisme du désastre, en articulant les forces officielles de répression et les milices paramilitaires.

Du côté du nain européen, c'est le Kennedy d'extrême-gauche Alexis Tsipras et son parti Syriza (acronyme de Synaspismós Rhizospastikís Aristerás, Coalition de la Gauche Radicale) qui arrivent en tête des élections municipales à Athènes, ce qui laisse augurer d'un excellent score aux élections européennes de dimanche prochain. Tsipras est donc assuré de siéger au Parlement européen et, pourquoi pas – on a le droit de rêver – de prendre la place de l'infâme Barroso comme président de la Commission européenne, ce gouvernement non-élu de l'Oignon, pardon, de l'Union européenne. En tout cas, les Italiens de la liste L'Altra Europa (L'Autre Europe) con Tspiras font campagne pour cela.

On peut faire un parallèle saisissant entre l'Inde et la Grèce: là-bas, voilà un ancien chef de bande fasciste devenu Premier ministre respectable d'un pays kolossal, ici, voilà un ancien chef de groupuscule gauchiste faisant son chemin pour devenir Grand Timonier d'un drôle de bidule, à la fois géant (économique), et nain-caniche (politique). Dans un cas comme dans l'autre, la clé du pouvoir, ce sont des garanties données à ceux qui tiennent le couteau par le manche, et non pas les voix des petits électeurs anonymes. Et là-bas comme ici, ceux qui tiennent le manche sont les mêmes: vous savez bien, les fameuses mains invisibles du marché, ceux qu'autrefois on appelait le Grand Capital, mais ça ne se fait plus d'utiliser ce genre de gros mots.

Dès avant même sa première victoire électorale (juin 2012: 26,9%), Tsipras avait commencé à mettre pas mal d'eau dans son retsina : il était passé de "la Grèce doit refuser de payer sa dette odieuse" à "il faut renégocier sur la dette" et avait commencé à donner à Syriza un petit air de déjà vu, genre "nous sommes le nouveau PASOK" (sociaux-démocrates). On ne peut qu'espérer qu'il ne finira pas comme Barroso, qui, rappelons-le, était dans sa folle jeunesse grand leader de rien moins que le Mouvement pour la reconstruction du parti du prolétariat, le MRPP (qui survit sous le nom de Parti communiste des travailleurs portugais), dont les idoles étaient Marx, Engels, Lénine, Staline et Mao. Puisse le bel Alexis faire mentir l'adage selon lequel "gauchiste à 20 ans, communiste à 35 ans, socialiste à 45 ans, libéral à 60 ans, néoconservateur à 70 ans".
AEK, coordinateur du FRAA-CH (Front révolutionnaire d'action des alligatoridés-Canal historique)

Bonne semaine, quand même !

Que la Force de l’esprit soit avec vous !

...et à la semaine prochaine

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